Մեմինի
Cela fait déjà deux mois que je suis ici. J’aurais préféré ne pas abuser plus longtemps de mes hôtes. Mais je n’ai pas encore récupéré. Le mois dernier, comme il faisait encore jour, ils m’ont emmené dehors pour marcher. Avec des béquilles. C’était pourtant encore trop tôt après l’opération. Je me suis fatigué très vite. Le plus surprenant, c’est que je la sentais toujours. Ils m’ont dit que c’était normal. Enfin, c’est Memini qui me l’a dit.
J’ai essayé de dormir. Beaucoup. Mais je n’y arrivais pas. Je pensais à tous les autres. Tous ceux dont le vent, qui souffle en permanence là-dehors, a pris la vie. J’ai pleuré. Beaucoup. C’est ensuite que je me suis endormi, sans rêver.
C’est au dixième jour après l’opération, alors que la lumière commençait à décliner de jour en jour, que Memini est entrée dans ma chambre. Je pensais que c’était le ronflement du vent que j’entendais, mais non. C’était le bruit d’un moteur. Le moteur d’un être comme je n’en avais jamais vu.
Je ne savais pas s’il fallait dire ce, il ou elle. Aujourd’hui, elle m’a dit que c’était « elle ». Alors, je continuerai ainsi.
Depuis la chambre à laquelle je m’accoutumais par la force des choses, j’entendais les paroles des autres occupants. Ils parlaient une langue qui m’était étrangère. Mais Memini s’est adressée à moi avec des mots que je comprenais.
— Comment vous sentez-vous ?
Je n’ai pas pu répondre tout de suite. Elle a tourné sa tête ovale vers moi, et m’a observé depuis son œil unique. Puis :
— Est-ce que vous comprenez ce que je dis ?
Sa voix était mélodieuse. Elle me rappelait la maison — la mienne.
— Oui ! oui, ai-je répété en modérant mon engouement.
— C’est très bien. Pourriez-vous me dire comment je dois vous appeler ?
— Mon nom est Leaon.
— Leaon, c’est cela ? Je suis Memini. Je suis ici pour vous aider. À l’avenir, je vous servirai d’interprète avec vos hôtes. Je serai aussi à votre disposition si vous avez besoin de la moindre information.
Elle s’est tue, et j’ai craint qu’elle ne soit tombée en panne. Mais le moteur ronronnait toujours.
— Enchanté de vous connaitre, Memini.
— C’est très bien, a-t-elle réagi. J’aurais aussi des informations à vous transmettre. Mais je ne souhaite pas vous importuner dans l’immédiat. Vous êtes en sécurité, ici.
— M-merci.
La fatigue m’a gagné.
— Reposez-vous bien.
Je me suis exécuté, pour la onzième fois.
Memini est revenue le jour suivant. La lumière avait encore décliné. Elle m’a redemandé comment je me sentais. Je lui ai dit que j’allais bien, elle a opiné de l’œuf — ou c’est l’impression que j’ai eu. Rétrospectivement, je sais que j’étais encore sous le choc. Elle le savait, mais elle savait aussi qu’elle devait me prévenir.
— Leaon, cette information est très importante. Vous l’avez sans doute noté. La nuit approche. Tant qu’elle durera, vous ne devez pas sortir d’ici.
— Mais où pourrais-je donc aller ? ai-je demandé en soulevant sans y penser l’unique jambe qui me restait.
— Leaon, quoi qu’il se produise durant les nuits sans jour, vous devez rester ici.
J’ai acquiescé, envahi par un mauvais pressentiment.
— Que va-t-il se passer ? demandè-je.
Elle a délicatement posé sa main sur la couverture, là où se trouvait ma jambe. Elle réfléchissait en silence. C’est du moins ainsi que j’interprétais le ronronnement fluctuant de son moteur.
— Leaon, a-t-elle dit, soudain. Vous avez eu un grave accident. Pour le moment, vous n’avez eu à faire face qu’aux séquelles physiques, et mentales. Mais, sans vouloir vous inquiéter, ce que vous allez traverser à présent dépasse tout ce que vous pouvez imaginer. Il y a… des conséquences existentielles à votre accident. Mon devoir est de vous accompagner dans cette épreuve. Je ne vous cacherai pas la vérité. Mais je ne peux pas non plus vous parler de choses que je ne connais pas.
Je l’ai regardée sans comprendre. Tout ce qu’elle m’a dit à ce moment était pourtant d’une grande clarté. Je crois que j’ai été touché par l’honnêteté de ses paroles, bien que je ne pouvais pas la comprendre à ce moment.
— Vous n’avez aucune raison de vous inquiéter. Vous êtes en sécurité, ici.
— Je veux bien, mais, que dois-je faire si… s’il se passe quelque chose ?
— Je serai là. Je veille sur vous.

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