Dans la grande salle de réception, de longues tables débordaient de mets raffinés et de délicatesses capables de ravir les papilles des élèves de première année. La salle semblait avoir été spécialement réservée et décorée pour accueillir ce sang neuf. Un à un, les nouveaux arrivants remplissaient l’espace, et il ne fallut guère de temps avant qu’une ambiance chaleureuse, empreinte d’excitation et de rires, ne s’installe. De part et d’autre, des groupes plus ou moins grands se formaient et se dissipaient, chacun échangeant des présentations et des conversations animées. On faisait connaissance en savourant les plats préparés avec soin par les cuisines de l’Académie, aussi variés que possible : des salades de fruits exotiques, des desserts colorés, sucrés ou plus sains, dignes des plus grandes pâtisseries de la capitale, des petits biscuits, ainsi que de grandes tartes et gâteaux si diversifiés qu’on peinait à les compter. Des assiettes garnies de légumes cuisinés et de viandes juteuses trônaient aux côtés de poissons et de condiments préparés avec tant de soin qu’ils n’avaient rien à envier à personne. Les boissons, allant des classiques vins et champagnes aux cocktails et mixtures plus élaborés, complétaient ce festin. Ce grand banquet n’aurait rien à envier à la plupart des réceptions de maisons nobles, l’Académie n’ayant pas lésiné sur les moyens pour organiser une telle soirée.Rapidement, chacun commença à se servir et à boire à son aise, aux côtés des professeurs et des membres du personnel de l’Académie.En entrant, le petit groupe de filles fut ébloui par tant de préparation et ne put s’empêcher d’exprimer sa joie.
"C’est si beau ! Et regardez ce buffet !"
"Tu ne perds pas de vue ton objectif, Kazuko, haha !"
"Pas quand il s’agit de ça ! Manger, c’est très important !" Elle prit un ton quelque peu sérieux tout en conservant une attitude trahissant sa faim. "En plus, je n’ai pas pu ramener Charkie, donc il va falloir que je pense à lui rapporter quelque chose."
Mikuami rigola à ces mots. Kazuko était décidément une fille pleine d’énergie et de caractère, qui ne cessait de l’étonner. Makiro, qui semblait tout aussi affamée que Kazuko, observait également le buffet avec une grande attention. Masami, remarquant leur désir ardent de manger, s’en étonna.
"Vous n’exagérez pas un peu ? Qui peut avoir aussi faim après une journée aussi calme ?"
Makiro ne l’écouta pas et lui prit la main pour l’entraîner vers le buffet.
"Allez, viens, Masami !"
"Mais je n’ai pas faim…" répondit Masami, blasée.
Kazuko leur emboîta le pas et partit avec elles. Mikuami les regarda s’éloigner, puis se décida à les rejoindre, mais elle fut interrompue par quelqu’un qui l’aborda, deux coupes de champagne à la main.
"Mademoiselle Ayademi ?"
Mikuami se retourna et aperçut sa professeure, Mlle Moonlit, lui tendant une coupe.
"Ce n’est que du champagne, ne vous inquiétez pas."
Mikuami prit le verre, quelque peu surprise. "Merci. Je ne m’attendais pas à ce que vous veniez me parler, professeure."
"Et pourquoi donc ? Je suis votre professeure après tout, et j’ai cru vous voir soucieuse depuis votre arrivée ici. Y aurait-il un problème ?"
Mikuami scruta le fond de son verre, tentant de dissimuler son inconfort. "Non, je suis ravie d’être ici, mais… j’admets que, même si ce n’est que mon premier jour, je me dis qu’il faudrait vraiment que je parvienne à prendre mes marques. Tout est tellement nouveau pour moi…" Elle fit jouer le pied de son verre entre ses doigts. Harina l’observa un instant.
"Les premiers jours sont souvent éprouvants pour les élèves, mais vous verrez que vous vous y ferez vite. Et j’y veillerai, ne vous en faites pas. En tant que professeure principale, je serai à votre écoute, peu importe vos problèmes. Donc, si vous avez besoin de vous confier à un membre de l’Académie, je serai ravie de pouvoir vous aider." Elle marqua une pause avant d’ajouter. "Il ne faut pas faire de distinctions entre Anges et Démons, mais j’ai parfois l’impression que les élèves les plus à l’aise pour discuter avec moi sont des Démons. Je déteste cette idée, et nous la réfutons au sein du corps professoral."
"Vous voulez dire que certains élèves n’arrivaient pas à vous faire confiance parce que vous n’étiez pas un Ange ?"
"Il me semble bien que oui. Mais il est temps d’endiguer cette tendance, d’autant plus après les malheurs que nous avons connus. J’aimerais être une professeure en qui chaque élève peut trouver un refuge, quelle que soit son origine, Ange ou Démon."
Elle regarda Mikuami avec une certaine tendresse.
"Donc, si jamais tu as un problème, j’espère que toi, tout comme tes camarades, n’hésiterez pas à venir me voir."
Au fond de la salle, dans une atmosphère bien moins sérieuse, Kazuko ne se privait pas de se servir des nombreux mets proposés afin de combler son grand appétit. Bien qu’elle fût fille de comte, elle ne se retenait en aucun cas de manger à sa faim. Il faut dire que sa famille était bien moins enclin à respecter un protocole qu’elle jugeait trop strict et absurde sur certains points.
"Miam, il n’y a pas à dire, ils savent faire de bons buffets ici !" dit-elle, la bouche encore à moitié pleine.
"Ah, je suis bien d’accord, c’est un régal !"
Kazuko se tourna vers l’auteur de ces mots : un beau garçon blond aux yeux d’un bleu éclatant, savourant un dessert au chocolat. Son attrait gourmand contrastait avec ses vêtements luxueux. Remarquant qu’il avait répondu instinctivement et de manière un peu trop négligée, il se reprit aussitôt, adoptant une attitude plus noble, comme il devait en avoir l’habitude.
"Je vous prie de m’excuser… J’ai quelque peu perdu toute mesure en dégustant ces mets. Une conduite des plus indignes."
Un peu embarrassé, il cacha son visage et sa bouche. Kazuko, surprise, continua de manger tout en lui répondant avec entrain.
"Il ne faut pas dire ça ! Manger est un plaisir qui pardonne l’absence de beaucoup de règles de conduite, selon moi !"
Elle avala un gâteau.
"Oui, sûrement… Sauf si l’on se doit d’être irréprochable à chaque instant…" Il serra son bras, traduisant un certain malaise à ce sujet.
"Ça doit être ennuyeux. Pourquoi devrais-tu être irréprochable à ce point ? Tu as tant d’obligations que ça t’empêche de savourer pleinement ce buffet ?" demanda-t-elle, intriguée.
Il sembla surprit de cette question et son attention se porte sur cette fille qui semblait ne pas se soucier de ces mêmes choses qui pour lui, lui menait la vie dure. Hésitant il s’exprima quelque peu gêné.
« Hum… Je… Tu ne sais pas qui je suis…? »
Kazuko le regarda et ne dit rien pendant un instant. Tout à coup elle se questionna. À ses habits, oui, elle s’en doutait il était bien quelqu’un d’importants au sein du Royaume, mais elle ne parvenait pas à se souvenir de où elle avait bien pu le voir. Ses cheveux d’un blanc éclatants, ses yeux bleu clair couleur ciel, oui c’était bien les caractéristiques de la famille la plus Notable du royaume. Il pouvait clairement en être l’un de ses membre, mais elle n’en était pas sûre et honnêtement, elle s’en souciait peu. Les rangs et les titres ne l’intéressaient pas et elle préférait juger une personne par son caractères et ses alignements et pensées que par son titre ou ses possessions. À sa réponse Kazuko feigne que non et laissa apparaître son désintérêt quand à la réponse.
« Non, mais je devine que tu dois être quelqu’un d’apprécié et d’important au vu des nombreux regards de filles notamment qui t’observent en secret depuis un moment. » En y regardant de plus près, il y avait effectivement plusieurs regards et gloussements qui se dégageait à l’égard du jeune homme.
D’autant plus étonné par la situation et cette indifférence à son égard des plus rares, il continua de la scrutait avec une fascination qui se dessinait de plus en plus. «Attendez… Elle ne se soucie réellement pas de mon identité ? C'est surprenant. D’ordinaire, tout le monde cherche à se rapprocher de moi ou adopte un certain ton pour obtenir quelque chose, surtout les jeunes femmes, sachant que je suis un parti des plus avantageux. »
Kazuko lui tendit alors une brochette, la même que celle qu’elle dégustait « Tiens, goute ça! C’est vraiment excellent! Je me fiche pas mal de qui tu peux être honnêtement, je me dis juste que toi comme moi on a l’air d’apprécier ce buffet et ce serait dommage de ne pas en profiter. Après tout ils ont bien mis cela pour nous non? Alors prends cette brochée et dis moi ce que tu en penses. »
Son regard était devenue insistant d’une certaine manière mais doux dans ses trais. Il regarda la brochette qu’elle lui tendait, et sa tandis que sa faim lui criait de la prendre pour la manger, il déviai ses yeux sur le visage de Kazuko. La lumière sembla plus douce et brillante, et l’ambiance changea, du moins dans son coeur. Il se mit à la percevoir autrement et il sur pourquoi. Kazuko avait ce caractère et cette attitude détachée qui ne se soucias pas de telles normes dictées à la jeunesse nobles. D’une certaine manière il rêvait de s’en délier aussi et à travers le regard de Kazuko il vu qu’il le pourrait à ses cotés. Ses joues prirent du rose sur la palette de son visage, et ses yeux traduisirent un embrassement soudain. « Qui… est cette fille?! »
Sans réponse de sa part, un silence s’installa alors que Kazuko tendait toujours cette brochette impatiente :
« Alors? Tu la veux ou bien…? »
À cette dernière question, les seuls mots qui purent s’échapper de la bouche du jeune homme furent des plus claquants, et la réponse de Kazuko des plus confuse.
« Je crois que je t’aime. »
Quelques secondes de silence.
«…Quoi? »
-
Mikuami observa Harina. Les paroles de cette dernière résonnaient étrangement avec celles de Mr. Adler, et elles l’avaient touchée d’une manière particulière.
« Vous m’avez l’air d’être quelqu’un de bien. »
Harina sourit. « Si c’est l’image que je renvoie, alors ça me va. Je ne vais pas t’embêter plus longtemps. Passe une bonne soirée, Mikuami. »
Elle tourna les talons. Au même moment, Kazuko accourut à ses côtés et se cacha derrière elle.
« Mikuami !! SAUVE-MOI ! »
« Kazuko ?! Que se passe-t-il ? Tu n’étais pas au buffet ? »
« Si, mais j’y ai rencontré un garçon très étrange. Je lui ai donné une brochette de viande, et il m’a dit... qu’il m’aimait... »
Mikuami la regarda, interloquée.
« Bon... Je reconnais que c’est particulier, surtout pour une simple brochette... »
« Mais c’est grave, Mikuami ! Il faut que tu m’aides à faire en sorte que je ne le recroise plus, il me fait peur... » déclara Kazuko, affolée.
Mikuami soupira.
« Très bien, mais dis-moi au moins de qui il s’agit. »
Kazuko pointa du doigt un endroit de la salle où un groupe de trois jeunes hommes discutait. Mikuami suivit la direction indiquée et observa celui qu’elle désignait.
« Lui ? Il a pourtant l’air normal... »
Elle détourna les yeux et aperçut qu’il discutait avec Hiro, celui-là même qui ne cessait de lui causer du tort et de s’agacer contre elle. Son expression changea.
« Je retire ce que j’ai dit. Il a des goûts discutables en matière d’amis. »
« Et pas que ! Tu vois, j’avais raison, il est étrange !!! »
Masami et Makiro les rejoignirent à cet instant, et, ayant entendu la fin de la conversation, Makiro s’immisça, curieuse.
« Vous parlez des garçons là-bas ? Ils sont plutôt beaux, objectivement. »
Masami, à côté, marmonna :
« Bof... Tous les garçons se ressemblent... »
« Tu les connais, Makiro ? »
« Eux ? Oui, évidemment. Qui ne les reconnaîtrait pas ? »
Personne ne le sut, mais Mikuami ne put s’empêcher de penser qu’elle faisait partie de ces rares personnes incapables de les identifier à cause de sa perte de mémoire. Cependant, elle se contenta de se taire.
« Il me semble que le grand, avec les cornes vertes et les cheveux bruns, est le fils du Grand Connétable de la famille royale, la famille Imido, si je ne me trompe pas. Mais c’est surtout celui aux cheveux blonds que je connais. »
Kazuko, toujours méfiante, marmonna :
« Ah ? Et qui est-ce ? »
« Hum... Vous ne le reconnaissez pas ? »
Mikuami hocha négativement la tête, tandis que Kazuko continuait de le fixer avec dégoût et crainte.
« C’est surprenant. Il s’agit du cinquième prince de notre royaume, membre de la famille royale : Eiko Altis de Lanistrias. »
Masami, suspicieuse et grandement surprise, enchaîna :
« Comment avez-vous pu ne pas le reconnaître ? Il porte une tenue et les emblèmes royaux, et beaucoup de personnes tentent de lui parler ou l’observent de loin. Sinon, hormis tous ces indices, il est au programme d’éducation de chaque famille de connaître le nom des membres de la royauté. »
Makiro la regarda en coin.
« Je sens comme une pointe de dédain dans tes paroles... »
Kazuko se défendit par ce qu’elle prit comme un attaque : « J’ai bien apprit le nom de tout les membres de la royauté, mais je ne me suis pas amusée à regarder leur portraits chaque nouvelle année venue pour retenir leur visage, et honnêtement au vu de l’attitude de celui-ci je me dis que je n’ai rien perdue! »
Mikuami plus gênée d’avouer son ignorance et craignant d’avoir entachée le prestige de sa famille ne pu qu’avouer à demi mot son absence de mémoire : « j’ai du oublier pour ma part… désolée. »
« Si tu veux tout savoir dans ce cas Mikuami, Eiko de Altis de Lanistrias est le cinquième prince de ce royaume mais surtout le septième enfant du coupe royale sur la liste des héritiers donc bien loin du trône ce qui fait que la plupart des gens pensent qu’ils peuvent l’approcher plus facilement, et notamment les filles qui y voit un bon parti et moyen d’accéder à la royauté. »
« Royal ou pas, je m’en fiche, je ne veux plus qu’il m’approche. » Répliqua Kazuko en se cachant un peu plus derrière Mikuami. Tout à coup son regard croisa celui d’Eiko et un frisson l’envahit. Du point de vu d’Eiko, celui-ci se lamentait d’avoir agit ainsi et continua de soupirer.
« Ahh…Je peux dire définitivement qu’elle ne m’aime pas… »
« Tu parles de la fille que tu as fait fuir tout à l’heure? » Questionna Hiro tout en buvant une gorgée de son verre de champagne.
« Oui. J’ai agis bêtement et sans réfléchir, mais j’ai été aussi surprit qu’elle! C’est la première fois qu’une fille me parlait sans convention et normes royale. Elle s’en fichait totalement! »
« Elle ne t’as pas reconnu? Où est-elle ? »
Eiko lui désigna discrètement son emplacement parmi le groupe de fille. « Au fond là bas, mais ne la regarde pas trop, elle va me détester encore plus sinon. »
Hiro scruta l’emplacement montré par Eiko, et ne pu que constater la présence de Mikuami, celle qu’il méprisait ni plus ni moins aux cotés de Kazuko. Il arbora une expression mauvaise emplie de dégout.
« Tu sais quoi, ça ne m’étonnes pas qu’elle ait agit aussi étrangement au vu de ses fréquentations… Tu n’as rien perdu. »
Haru, le troisième jeune homme à leur côté se décida à détendre l’atmosphère et s’approcha gaiement d’eux. « Allez arrêtons d’y penser et allons reprendre un verre! Profitons de cette première soirée les gars !! » Il les emporta tout deux au loin et ainsi se finir cette scène où chacun avait à redire sur l’autre.
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