Chapitre 1
26 avril 2025, 19h34 – Terre
C’était avant que tout parte en vrille.
On marchait tranquillement, Max et moi, sacs sur le dos, en discutant comme toujours, de nos rêves mais surtout de notre monde. Notre monde, qui était à ce jour, prêt à 99%. Moi, je me plaignais encore à Max – encore – que nos bastons dans les rêves commençaient à ralentir notre projet.
- Faudrait qu’on arrête de se foutre sur la gueule à chaque fois qu’on rêve, dis-je en riant.
- J’avoue, répondit Max. C’est marrant, mais on a un vrai truc à finir.
On savait tous les deux que c’est certes marrant, mais que c’était risqué. Mais on était jeunes, dix-huit ans, et franchement… C’était incroyable, enfin un peu d’adrénaline.
- Bref, ce soir, on vérifie tout une dernière fois. Et après… on pourra enfin lancer la vraie partie, non ?
- Carrément. On se retrouve sur Discord comme d’hab ? (L’odeur)
- Tu poses vraiment la question ? On est des puants mec…
Il rit.
- Ouais, bon… avec toi on sait jamais.
- T’as gueule et rentre chez toi, en le coupant.
-À plus, bébou !
Je m’éloignai en haussant les épaules, Il m’appelait encore « bébou ». Curieux, ce mec.
Chez moi, tout était calme. Pas de mère à l’horizon. En entrant, je croisai Doogie, mon chat. Oui, Doogie. Pas besoin de commentaire.
- Wesh le Doog. Bien ?
Il fila dans les escaliers. Sympa.
Je montai à ma chambre, balançai mon sac sur le lit – comme tout bon maniaque -, fermai les volets, et allumai mon PC. Max était déjà en voc. Ce con était rapide.
- Ouais connard, lançai-je dès que je rejoignis.
- Qu’est-ce que tu veux, enfoiré ?
On rit. C’était notre manière de dire bonjour.
- Bon, sérieux deux secondes, repris-je. Faut finaliser ça assez rapidement. Plus on se couche tôt, mieux c’est.
- Ça me va. Je commence par quoi ?
- Bah… comment dire... vu que t’as fait que dalle jusqu’ici… fais ce que tu veux.
- Nickel !
23h13 – Terre
On était crevés, mais satisfaits.
- De mon côté c’est bon, déclarai-je en m’étirant. Et toi ?
- Tout pareil. On se retrouve dans les rêves, alors ?
- Si tu n’oublies pas la fréquence cette fois… J’avais bien l’air con à te chercher pendant des heures la dernière fois…
Max roula des yeux.
- Qui ça ? Moi ? Jamais.
Pour synchroniser nos rêves, mais surtout les rendre lucides, on utilisait un protocole un peu bancal : un verre d’eau très sucré (pour booster le cerveau, théoriquement), et un bombardement d’onde à 97 Hz. Encore aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi ça marchait. Mais bon, ça marchait, c’est tout.
- Bon, on fait comme d’hab ? Visuel de départ ?
- Ouais. Petite nuke dans le ciel, qu’on se repère.
- Parfait. À tout de suite.
Je coupai le vocal. Un verre d’eau sucrée, l’émetteur branché et orienté vers mon crâne… Tout était prêt. Je m’étendis, et fermai les yeux.
‘ Monde des rêves
La sensation d’un corps différent. La conscience qui s’enclenche. J’étais dedans.
- Ça s’est fait, murmurais-je.
Pas de trace de Max. Forcément. Il prend peut-être du temps à s’endormir.
Je levai un doigt vers le ciel, l’index et fis apparaître banalement une explosion nucléaire comparable à une bombe à hydrogène. Un signal, petit bien-sûr : une « nuke » dans le ciel, histoire qu’il me repère.
J’attendis, trente secondes, cinq minutes, dix minutes… Rien.
- Sérieux ? Comment il arrive à oublier quelque chose que j’ai dit même pas cinq minutes avant…
Soupirant, je décollai. J’espère qu’il a oublié le sucre et pas les fréquences. Il apparaît toujours au même endroit, mais l’île sur lequel il apparaît bouge en fonction du temps. J’allais le chercher.
En volant, je balayai les plaines et falaises de ce monde. Là, silhouette au loin.
- Trouvé.
Je piquai vers le sol… et atterris brusquement sur lui.
- Laisse-moi deviner : t’as oublié le sucre.
Max, écrasé contre une falaise, grogna :
- Sale bâtard… tu m’as démonté.
Je ris, puis levai les yeux vers le ciel magnifique qu’avait ce monde.
- Bon, on s’y prend comment ?
Je détaillai Max. Il portait une espèce de tenue ridicule, genre pyjama futuriste.
- C’est quoi cette dégaine ?
- T’aimes pas ?
- Change.
Il soupira et retrouva une apparence plus normale.
- Sois sérieux, juste le temps qu’on arrive dans Parralela, dis-je.
- Bah, c’est toi le cerveau. T’as tout fait.
Je réfléchissais quand…
Une voix glaciale, semblable à un souffle coupant le silence, résonna derrière nous. Le temps sembla se figer un instant. Derrière nous, un frémissement étrange dans l’air, comme une onde de froid, précéda l’apparition d’une silhouette sombre, baignée dans une brume presque liquide. Même les sons du vent s’étaient éteints.
- Alors, on s’amuse ?
Max et moi se figeâmes. Derrière nous se tenait un type. Grand. Silhouette sombre, du noir pur. Un sourire calme sur le visage, un chapeau qui semblait fusionner à son corps. Je ne réfléchis pas, c’était nôtre règle, chaque chose étrange dans les rêves doit être éliminée.
Je lui envoyai mon poing dans la mâchoire – ce qui l’a propulsé sur la falaise. Max enchaîna avec une rafale d’explosions.
Le type encaissa… puis réapparut derrière moi.
- Alors, comme ça on ne veut pas se réveiller ?
Je me retournai et lui décrochai la tête.
Elle roula au sol. Mais il parlait encore.
- Vous avez fini ? On ne peut pas mourir ici.
Max recula, sur la défensive.
- T’es qui ? Tu nous veux quoi ?
Le type ramassa tranquillement sa tête, la remit sur ses épaules.
- Calmez-vous. Je ne vous veux aucun mal. Vous cherchez à aller dans votre monde… n’est-ce pas ? Parralela ?
- Comment tu connais ce nom ? demande-t-on.
Le type sourit plus largement.
- Disons que je suis… une règle oubliée de votre système.
Max fronça les sourcils.
- Une règle ? On n’a pas vraiment défini de règle pour le monde des rêves.
- Est-ce que ça veut dire qu’il n’y en a pas ? Non. Chaque rêveur finit par se réveiller. Le réveil est un mécanisme de survie. Mais vous… vous auriez dû vous réveiller. Or vous êtes toujours ici.
- C’est-à-dire ? Arrête de tourner autour du pot.
- Ce mécanisme de survie enclenche un léger arrêt cardiaque… ce qui réveille la personne. Mais dans vôtre cas, vous ne vous êtes pas réveillé. Vous commencez à cerner ?
Je pâlis.
- Attends… tu veux dire qu’on fait actuellement un arrêt cardiaque ?
- Exactement. Une mort. Douce. Silencieuse. Mais réelle.
Max recula encore d’un pas.
- Alors pourquoi on est encore là ? Dit-il.
- Parce que je vous ai retenus. Pour vous proposer une alternative : vous réincarner. Complètement. Dans Parralela.
Max et moi échangeâmes un regard long.
- T’en dis quoi ? C’était pas le plan, mais c’est mieux que de disparaître, dis-je.
- Wesh attend ! On peut pas abandonner notre vie comme ça ! protesta Max.
- C’est oui ou non, coupa le type. Je ne peux pas vous retenir éternellement.
Un silence.
- J’sens que c’est un piège, murmura Max.
- On n’a pas le choix, soupirai-je. De toute façon c’est notre meilleure option… Faut tenter.
Le type ouvrit une brèche noire du même teint que son corps – sous ses pieds.
- Sautez. C’est la seule voie vers votre monde.
- Putain, ça donne pas envie, dis-je.
On hésita. Puis la brèche glissa brusquement sous nos pieds.
- WOH !
- T’es sérieux là ?! cria Max.
Il tomba. Moi, j’ai réussi à m’accrocher pendant quelques secondes à quelque chose semblable au vide… Avant de lâcher prise.
On tomba, ensemble, dans le noir, le vide absolu.
- T’es là ?
- Ouais ouais mais aucune idée d’où on est… répondit Max.
Une distorsion apparut. Max fut happé par une sphère violette. Disparu.
- Max ?! Putain… qu’est ce qui se passe !
Je restai seul durant plusieurs minutes. Quand soudain, une buse lumineuse apparut. Lentement, elle tourna autour de moi.
- Une buse ? lumineuse ? Tu veux quelque chose ?
Elle s’éloigna, planant doucement dans ce vide insondable. J’hésitai. Tout en moi criait de ne pas bouger, de ne pas faire confiance et de faire demi-tour. Mais rester immobile ici… ce n’était pas une option. J’étais seul, et suivre cette buse était la seule direction, la seule trace d’une issue possible. Le cœur serré, les pensées en vrac, je flottais dans sa direction. Pas de peur, mais une sensation étrange, étouffé par cette lueur mince qu’elle m’offrait : un espoir.
Fin du chapitre 1.

Comments (0)
See all