Je me réveillai, allongée dans un lit. En balayant la pièce du regard, je la vis : Valensia était assise à ma droite, plongée dans un livre. À peine avais-je bougé qu’elle referma l’ouvrage, le posa doucement à côté d’elle, et me regarda. Un soulagement évident se lisait sur son visage.
Des flashs me traversèrent l’esprit. L’attaque. La trahison d'Asra. Ma panique. Le feu. Le sang. Notre clan à l’agonie. Et… ce moment de bascule où mon pouvoir s’était libéré.
« Oh non ! » m’écriai-je en me redressant d’un coup.
Je regardai mes mains. Elles avaient changé. Leur peau n’était plus ridée, et elles luisaient faiblement.
« Janvier ? » demanda doucement Valensia.
« Je.. je crois que j'ai fait sauter la bride de mon pouvoir.… » murmurais-je, presque pour moi-même.
Après ma fuite du Clan de Bellona, j’avais pris soin d’effacer toute trace de mon passé. Pour me cacher, j’avais dû apprendre à brider mon mana — cette magie qui ralentissait le vieillissement de mes cellules, me donnant une jeunesse perpétuelle. J’avais étudié des parchemins anciens, rencontré des mages discrets, appris à me dissimuler.
« Il faut… il faut que je le bride de nouv… »
Mais je n’eus pas le temps de finir. Valensia me prit doucement la main.
« Tu n’as plus besoin de te cacher, Janvier. Il ne t’arrivera rien. Je te protégerai. » Elle marqua un temps d’arrêt, puis ajouta d’une voix plus grave : « Je ne laisserai plus ce qu’il s’est passé il y a quatre jours se reproduire. »
Son regard était d’une sincérité désarmante.
« Quatre jours ?! » m’étranglais-je. « Comment est-ce possible ? »
« Astur pense que tu as dépensé bien trop de mana. Ton corps n’était plus habitué à en canaliser autant. Tu t’es simplement… effondrée. »
— Pas facile d’être une vieille sorcière... — pensais-je avec une pointe d’humour amer.
« Le village ? Et l’ennemi ? » demandai-je, le cœur serré.
« Malicia est morte. Le reste de son armée a fui. Elle ne reviendra pas. Le village se reconstruit, lentement mais sûrement. Et les habitants vont bien. Grâce à toi. »
Elle serra un peu plus fort ma main.
« Ils veulent organiser une fête en ton honneur… et pour célébrer la victoire. »
Je sentis un poids quitter ma poitrine.
« Je… je suis soulagée », soufflai-je.
Valensia me sourit, ses yeux brillant d’une douceur nouvelle.
« Tu es encore plus belle que dans les livres. »
Mon cœur se mit à battre plus fort. Mais pour une fois, ce n’était pas douloureux. Juste… troublant.
Gênée, je détournai le regard et m’écriai :
« C-ce n’est clairement pas une façon de s’adresser à une dame !!! »
Elle éclata de rire, un rire clair, franc, presque enfantin.
« Tu dois avoir faim. Je vais te chercher un repas. »
Elle se leva, puis, arrivée sur le pas de la porte, se retourna et me lança, avec un clin d’œil joueur :
« Ne fuis pas, hein. »
Manger m’avait fait du bien. Je me sentais revivre.
Astur était venu prendre de mes nouvelles. Il s’était même agenouillé devant moi, me remerciant une bonne dizaine de fois de l’avoir sauvé. Je ne méritais pas tant d’éloges… Et lui, il ne méritait certainement pas de mourir.
J’avais appris qu’il comptait énormément pour Valensia — elle le considérait comme son meilleur ami.
Il m’avait d’ailleurs chuchoté, avec un petit sourire complice, que Valensia avait caché son carnet secret dans son bureau… et que j’étais « fortement concernée » par son contenu.
Je ne comprenais pas trop ce qu’il voulait dire, mais cette confidence me mit un peu mal à l’aise.
Je m’habituais peu à peu à cette nouvelle vivacité de mon corps. Retrouver ma jeunesse — celle que j’avais dû abandonner il y a si longtemps — me faisait un bien fou. Une part de moi que je croyais perdue à jamais renaissait, doucement, à travers chaque geste, chaque souffle.
Demain, une fête devait être organisée en notre honneur.
J’étais à la fois enthousiaste… et profondément inquiète.

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