Nous étions arrivés depuis deux semaines dans le Clan Shantium.
Valensia avait passé la quasi-totalité de son temps dans son bureau, à lire des documents et à demander conseil auprès de la doyenne.
Quant à moi, j’avais exploré les moindres recoins du village et pris contact avec chacun des habitants.
J’avais une mission à accomplir, mais...
« Personne ne dispose d’une grande puissance magique... C’est un échec. »
Je me rendais auprès de Valensia.
« Entre, Astur », me répondit-elle après que j’ai toqué à la porte.
« Valensia. Toujours là, à ce que je vois. »
« Je n’en ai plus pour longtemps. Ton enquête a été fructueuse ? » Un léger sourire moqueur flottait sur ses lèvres.
« Non. Et toi ? »
« À ton avis ? » Son regard pétillait de malice.
« Ne joue pas avec moi. Personne ici n’a de grande puissance magique. J’ai rencontré chaque habitant. Je pense que nous avons perdu notre temps. »
« Pour quelqu’un de si doué, tu n’es pas très fut-fut », répondit-elle en levant les yeux au ciel.
« Ne me dis pas que l'as trouvée ? »
« Évidemment que oui. Je l’ai deviné dès notre arrivée. Nous sommes liées par le destin, après tout. »
La voilà qui recommençait avec ses délires. Elle était habituellement froide et sûre d’elle, mais dès qu’on abordait ce sujet précis, on aurait dit une adolescente niaise à l’excès.
« Crache le morceau, je ne veux pas t’entendre dire tes phrases bizarres d’amoureuse toute la journée. »
Elle me répondit par un long regard glaçant.
Et, comme à son habitude, elle se lança dans une longue explication au lieu de répondre franchement.
« J’ai à ma disposition une multitude de documents. Ils sont tous passionnants. Chaque membre du village a droit à sa petite page, plus ou moins longue. Leurs noms, prénoms, filiations, capacités, les tâches qu’ils accomplissent dans le village, leur histoire au centre, leur arrivée ici… Vraiment intéressant. »
Je perdais patience, mais je savais qu’elle n’en viendrait aux faits que lorsqu’elle l’aurait décidé. Elle continua.
« Bizarrement, la personne la plus ancienne du village a la page la plus courte. À la voir, on aurait pu croire qu’elle aurait au moins deux pages… » Elle ricana dans son coin.
« Viera Nivera. Doyenne. Arrivée il y a trente ans. Cuisine et aide aux soins légers. Pas de pouvoir, pas d’aptitude au combat, pas de famille, pas d’enfant. Fin. On ne connaît même pas sa date de naissance. »
« Et donc ? » Je ne comprenais pas où elle voulait en venir. Elle était vieille, après tout. Peut-être que les documents originaux avaient été égarés ou qu’elle ne se souvenait plus de certaines choses.
« Nivera, si tu oublies la lettre J, c’est un anagramme. Même Viera, c’est la fin de ‘janvier’ avec un A rajouté. » Elle se mit à pouffer comme une enfant.
« Ahhhh, franchement, elle s’est pas foulée ! » Elle riait toujours.
« Ne me dis pas que la vieille doyenne est la magicienne légendaire ! En plus, il n’y a vraiment aucune aura magique autour d’elle. Même les personnes non aptes à la magie en ont une, même légère ! »
« Idiot. »
« Quoi ? »
« La plus grande magicienne de tous les temps, dont même la vieillesse n’a pas raison… Tu penses vraiment que camoufler sa puissance magique lui serait impossible ? Elle peut même réveiller les morts. »
Je ne sus quoi répondre. Elle avait peut-être raison ? Je me perdis dans mes pensées.
« Ahhhh, n’est-elle pas parfaite ? C’est si amusant. »
« Tu vas lui en parler… ? »
« Non. Je veux la courtiser. »
Rien que cette image me mettait mal à l’aise. Elle était vraiment sans gêne. Mais c’est ce que j’appréciais chez elle. Cette fille... Je souriais intérieurement.
Quelqu’un toqua à la porte. C’était la doyenne. Elle entra.
Alors que je la fixais, me posant mille questions à cause des propos de Valensia, celle-ci s’adressa à Viera :
« Ah ! Vous êtes là ! J’ai quelques questions à vous poser concernant ce document. »
Elle lui tendit la feuille. Mais, au moment où Viera allait la saisir, Valensia la retira et la fixa en disant :
« Viera, avez vous toujours eu ces beaux yeux verts ? »
Valensia me lança un bref clin d'oeil.
« Attends… elle drague, là ?? » me disais-je intérieurement.
En y regardant de plus près, c’était vrai : Viera avait les mêmes yeux que sur l’image du livre de la magicienne légendaire. Peut-être qu’elle avait raison.
Alors que je me perdais à nouveau dans mes pensées, Valensia m’invita gentiment à déguerpir.
Je quittai la pièce et la laissai dans son délire…

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