Depuis combien de temps ?
Trente ans que j’errais dans les rues d’une vie sans goût.
Qu’est-ce que le monde pouvait bien m’offrir ?
« Je ne ressens rien… »
« Quand j’y pense, ça a toujours été comme ça. »
La vie avait un goût fade, inachevé.
En marchant vers mon lieu de travail, je remettais une fois de plus mon existence en question.
« Même dans mes relations… Aucune émotion. Je m’intéresse, puis, le lendemain, déjà lassée. Une perte de temps. »
J’arrivai à mon bureau.
« Cette routine est d’un ennui mortel. Mais il faut bien payer les factures. Combien de temps vais-je rester coincée dans cette platitude ? »
Mes journées se déroulaient toujours de la même manière :
Réveil à 6 h. Petit-déjeuner. Travail. Salle de sport. Dîner. Coucher à 22 h.
« Je vais à la salle pour rester en forme. Mais est-ce vraiment utile ? Je m’ennuie tellement… Et si je rentrais ? »
J’avais l’impression d’être enchaînée par des liens invisibles, incapable de vivre « comme les autres ».
En croisant tous ces gens, je les regardais sans vraiment les voir.
J’avais toujours imaginé être le personnage principal de mon histoire, et tous ces passants… des PNJ, juste là pour meubler le décor.
Des robots capables d’émotions que moi, le personnage central, ne ressentais même pas.
Mais contre toute attente, quelque chose, dans ce monde, pouvait faire naître en moi des sentiments insoupçonnés.
Alors que j’ouvrais la porte de mon petit appartement, je la retrouvais enfin : ma source de bonheur.
Elle m’attendait, du haut de ses 1m80, sa teinte d’un léger marron clair illuminait ce monde sombre. Ma précieuse bibliothèque.
Une collection infinie. Je prenais un livre que j’avais déjà lu plusieurs fois, mais j’avais besoin de ressentir quelque chose. Et lui seul en était capable : le Graal, un shoujo-ai.
Alors que mon visage avait toujours été qualifié de froid et désagréable, il arborait, contre toute attente, un léger sourire niais.
« Ahhh… si seulement la vie pouvait être remplie de ce sentiment si précieux. »
Je marchais en direction du travail, comme à mon habitude… Je me demandai soudain si de nouveaux chapitres étaient disponibles sur Wabtoune, une application de lecture de mangas sur mobile. Quelques shoujo-ai y étaient généralement proposés...
À la vue de l’inscription « 4 chapitres en attente de lecture », mon cœur s’emballa.
« Han… Est-ce que j’attends ce soir, bien au calme chez moi… ? »
Je savais que j’allais y penser toute la journée. Un peu de lecture n’allait pas me tuer.
Peut-être même que ça allait illuminer cette journée si fade. (Oui, elle venait de commencer, mais elle était forcément fade.)
Je commençai ma lecture.
J’oubliais tout ce qui m’entourait. Comme si une coquille me protégeait de tout cet environnement gris.
Je me laissai porter par l’histoire, j’éprouvais chaque émotion des protagonistes, comme si je n’étais capable de ressentir qu’à travers les autres.
Absorbée par ma lecture, je ne remarquai pas que, en traversant la route, le conducteur ne comptait pas freiner.
« Mes précieuses histoires…
Je ne connaîtrai jamais la fin… »

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