Laura observe le drap entre ses doigts. Elle le froisse, puis le lisse, sans raison. Chaque geste est une tentative de reprendre le contrôle. Mateo est toujours là, près de la porte. Il n’a pas bougé.
— Pourquoi vous êtes encore là ? demande-t-elle soudain.
La question le prend de court.
Il ne répond pas tout de suite.
— Parce que… commence-t-il, puis s’arrête.
Il cherche une réponse professionnelle. Il n’en trouve aucune qui sonne juste.
— Parce que j’avais besoin de m’assurer que vous alliez bien, finit-il par dire.
Laura esquisse un sourire bref, sans joie.
— Je ne vais pas bien.
Le mot tombe simplement. Sans pathos. Sans colère.
Mateo hoche lentement la tête.
— Je sais.
Ce n’est pas une promesse. Ce n’est pas un réconfort. C’est un constat. Et c’est précisément ce qui fait trembler quelque chose en elle.
— Quand mon cœur s’est arrêté… murmure-t-elle, vous n’étiez pas obligé de rester.
Mateo inspire profondément.
— Je le sais.
Il se rapproche d’un pas. Pas trop. Juste assez pour qu’elle sente sa présence.
— Mais je suis resté.
Laura relève enfin les yeux vers lui.
Leurs regards se croisent. Trop longtemps.
Elle voit dans les siens autre chose que de la pitié. Quelque chose de plus dangereux. Une implication qu’il essaie visiblement de contenir.
— Vous avez vu, dit-elle doucement.
— Oui.
— Tout ?
— Assez.
Elle ferme les yeux un instant.
— Alors vous savez pourquoi j’ai honte.
— Non, répond Mateo aussitôt. Je sais pourquoi vous avez peur. Ce n’est pas pareil.
Le silence s’étire. Dense. Chargé.
— Vous me regardez comme si… commence-t-elle.
— Comme si quoi ?
— Comme si j’étais déjà partie.
Mateo serre la mâchoire.
— Je vous regarde comme quelqu’un qui est revenu, dit-il. Et qui ne devrait pas être seule maintenant.
Ces mots-là franchissent une ligne invisible.
Laura détourne le regard, troublée.
— Vous n’êtes pas censé dire ça.
— Je sais.
Il y a un battement. Un de trop.
— Alors pourquoi vous le faites ?
Mateo hésite. Une fraction de seconde seulement.
— Parce que cette nuit…
Il s’arrête.
— Parce que je vous ai entendue avant de vous voir.
Laura sent son cœur accélérer.
— Et ça change quoi ?
— Tout, répond-il, sans réfléchir.
Le silence qui suit est électrique.
Ni l’un ni l’autre ne bouge.
Ce n’est pas de l’amour.
Pas encore.
C’est une reconnaissance dangereuse.
Celle de deux personnes qui savent ce que perdre veut dire.
Mateo recule enfin d’un pas.
— Je vais vous laisser vous reposer, dit-il, redevenant plus neutre.
— Vous reviendrez ? demande-t-elle, trop vite.
Il s’arrête à la porte.
— Si vous avez besoin, répond-il simplement. Oui.
Quand la porte se referme, Laura reste immobile.
Son cœur bat trop fort pour quelqu’un censé se reposer.
Et dans le couloir, Mateo s’appuie un instant contre le mur.
Une nuit de trop. Un cœur qui s’arrête.
Laura survit à la violence et au silence, sauvée par Mateo, pompier-médecin.
Mais avant de revenir à la vie, elle murmure : « Il sait. »
Et ce secret pourrait tout changer.
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