Laura ne sait plus depuis combien de temps elle marche.
La ville est silencieuse, presque vide. Les lampadaires projettent une lumière pâle sur le trottoir humide. Le froid s’est infiltré partout, sous la chemise de nuit trop fine, dans ses bras, dans ses jambes. Elle ne le sent plus vraiment. Ou plutôt, elle le sent trop.
Ses dents claquent sans qu’elle puisse les contrôler.
Ses mains tremblent violemment.
Continue.
Encore un peu.
Mais son corps ne suit plus.
Elle ralentit, puis s’arrête près d’un mur. Elle tente de s’adosser, de reprendre son souffle. Ses jambes cèdent brusquement. Laura glisse au sol, incapable de se retenir.
Le froid est brutal contre sa peau.
Elle se replie sur elle-même, bras serrés autour de son corps, comme si elle pouvait encore se protéger. Les tremblements deviennent incontrôlables. Sa respiration est courte, hachée.
J’ai froid.
J’ai trop froid.
Les pensées se mélangent. Les visages aussi. Elle ferme les yeux une seconde. Juste une seconde.
— Non… murmure-t-elle faiblement.
Mais son corps n’écoute plus.
Le monde devient flou. Les bruits s’éloignent. Le froid, lui, reste. Implacable.
Laura s’effondre complètement.
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Mateo court.
Il a laissé derrière lui les couloirs de l’hôpital, les protocoles, les explications. Il suit l’instinct, cette angoisse sourde qui lui serre la poitrine depuis qu’il a vu la chambre vide.
Elle est dehors.
Il fait trop froid.
Il interroge un agent de sécurité, scrute les rues autour de l’hôpital, accélère. Chaque minute compte. Il le sait trop bien.
Puis il la voit.
Un corps recroquevillé contre un mur.
Trop immobile.
— Laura !
Il se précipite, s’agenouille aussitôt près d’elle. Sa main effleure son bras. Glacé.
Putain…
— Laura, écoute-moi. C’est moi.
Elle ne répond pas tout de suite. Son corps tremble encore, mais faiblement maintenant. Trop faiblement.
Mateo enlève sa veste sans hésiter et l’enveloppe autour d’elle, la couvre, la rapproche de lui pour lui donner sa chaleur.
— Reste avec moi, murmure-t-il, la voix plus serrée qu’il ne le voudrait. Regarde-moi.
Ses yeux s’ouvrent à peine.
— Je voulais pas… souffle-t-elle.
— Je sais, répond-il immédiatement. Je sais.
Il la maintient contre lui, une main ferme dans son dos, l’autre autour de ses épaules. Pas pour l’enfermer. Pour l’ancrer.
— Tu es en sécurité, répète-t-il doucement. Je suis là.
Il sent ses tremblements reprendre un peu plus fort.
Elle lutte encore.
Mateo ferme les yeux une seconde, soulagé.
— On va rentrer, dit-il calmement. Mais pas comme avant. D’accord ?
Une nuit de trop. Un cœur qui s’arrête.
Laura survit à la violence et au silence, sauvée par Mateo, pompier-médecin.
Mais avant de revenir à la vie, elle murmure : « Il sait. »
Et ce secret pourrait tout changer.
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