Scène — Les blancs Laura se réveille avec une certitude étrange : quelque chose manque. La chambre est calme. Trop calme. Elle reconnaît l’hôpital, la lumière, l’odeur. Mais dès qu’elle essaie de remonter le fil, tout se brouille. Je suis tombée… Je crois. Elle porte une main à sa tête. Une douleur sourde pulse derrière son front, comme un rappel sans images. — Laura ? Elle sursaute. Mateo se tient près de la porte. Elle le reconnaît. Son visage lui est familier, rassurant même. Mais elle ne sait pas pourquoi. — Ça va ? demande-t-il doucement. Elle le regarde, hésitante. — Je… je sais qui vous êtes, dit-elle lentement. Mais je ne sais pas ce que vous représentez pour moi. Le mot le frappe. Il hoche la tête, sans se rapprocher. — C’est possible, répond-il. Tu as une commotion. Certaines choses reviennent. D’autres non. Elle fronce les sourcils. — Je me souviens de mon prénom. — C’est déjà bien. — Je me souviens d’avoir eu peur. Elle s’arrête. Mais je ne sais plus de quoi. Un silence s’installe. Dangereux. — Est-ce que quelqu’un m’a fait du mal ? demande-t-elle soudain. La question est directe. Nue. Mateo inspire lentement. — Oui, dit-il. Mais tu n’es pas obligée de t’en souvenir maintenant. Laura baisse les yeux, troublée. — Et vous ? — Moi, je t’ai trouvée dans le froid. Tu t’es effondrée. Je t’ai aidée. Elle cherche dans sa mémoire. Rien. — Je ne me souviens pas de la nuit, murmure-t-elle. — Pas encore. — C’est grave ? — Ça peut être une protection, répond-il. Le cerveau fait parfois le ménage pour survivre. Elle serre les draps. — Et si je ne veux pas que ça revienne ? Mateo ne répond pas tout de suite. — Alors ça reviendra autrement, dit-il enfin. Par des sensations. Des peurs. Des silences. Laura ferme les yeux. — J’ai l’impression d’avoir oublié quelque chose d’important. — Tu as oublié des images, corrige-t-il. Pas ce que tu as ressenti. Elle ouvre les yeux, inquiète. — Pourquoi j’ai si peur des hommes ? La question flotte, lourde. Mateo reste immobile. — Parce que ton corps se souvient, dit-il doucement. Même si ta mémoire a lâché. Un frisson la traverse. — Est-ce que quelqu’un va venir ? — Oui, répond-il. Mais seulement si tu veux. Elle réfléchit longuement, puis murmure : — Reste. Il acquiesce sans discuter. — D’accord. Laura se recouche, épuisée. Son regard se perd au plafond. Quelque part, au fond d’elle, une phrase insiste. Elle ne se souvient plus l’avoir dite. Elle ne sait même pas à qui elle appartenait. Mais elle est sûre d’une chose : elle avait essayé de prévenir quelqu’un. Et ce quelqu’un… le sait déjà.
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