Toujours figée, il m’était impossible de dire un mot.
Comment était-ce possible ? Ça n’était jamais arrivé auparavant.
« Vais-je… mourir ? Est-ce que c’est même possible ?… Ça ne peut pas se terminer comme ça… » pensais-je, angoissée.
Je ressentais le tranchant de la lame contre ma gorge.
« Mal… »
« Qu’est-ce que t’as dit ? » répliqua Akame, toujours d’un ton glacial.
« Tu… tu me fais mal, Akame… s’il te plaît, j’ai mal… »
Sans m’en rendre compte, des larmes coulaient le long de mes joues, s’écrasant sur sa main.
Elle desserra légèrement son étreinte meurtrière.
« T’es qui ? » répéta-t-elle.
« Personne… Je ne suis personne. Juste un esprit errant. »
« Un esprit ? »
« Oui. Une âme qui erre dans ce monde… qui observe. Je ne veux pas te faire de mal, jamais. » répondis-je, d’une voix douce.
« Hm… » dit-elle.
Avait-elle été convaincue par mes paroles ? Je n’en savais rien. Mais elle relâcha enfin son emprise.
L’ombre étouffante qui emplissait la grotte s’évapora peu à peu, et j’entendis soudain un bruit sourd : Akame venait de s’effondrer.
S’était-elle épuisée ? Avait-elle trop utilisé sa magie ?
Par réflexe, je posai ma main contre sa gorge pour vérifier si elle respirait.
« Je… Qu’est-ce que ? »
Stupéfaite, je réalisai que je pouvais la toucher.
Elle respirait.
J’étais à la fois bouleversée par cette soudaine matérialité et paniquée par la situation.
Je ne pouvais pas la laisser là. Malgré les monstres vaincus, rien ne garantissait qu’ils ne reviendraient pas.
Puis, je regardai mon corps.
Le bas avait changé.
« Des jambes… »
Cette vision si longtemps oubliée… mais elles étaient bien là. Je sentais à nouveau mon corps. Des sensations perdues me revenaient, une chaleur presque humaine.
Sans réfléchir, je la pris dans mes bras et me dirigeai vers la sortie.
Il faisait déjà nuit. Son manoir était loin, mais je n’avais pas le choix. Je marchai pendant des heures. Elle ne s’était toujours pas réveillée.
Enfin, j’aperçus le manoir. Une lumière brillait à l’intérieur, probablement laissée par sa domestique en constatant son absence.
À cette heure-ci, tout le personnel devait dormir.
La porte d’entrée n’était pas verrouillée.
« Dieu merci… »
Furtivement, je montai les escaliers jusqu’à sa chambre et la déposai doucement sur son lit.
Elle respirait toujours. Son visage, adouci par le sommeil, paraissait presque paisible.
Je ne pouvais rien faire de plus que la laisser se reposer.
Mais alors que mes mains quittaient son corps, je ressentis comme si une partie de moi s’effaçait.
Mes jambes disparurent dans un souffle, remplacées à nouveau par la brume flottante.
J’étais redevenue un esprit.
« Après tout, je ne suis personne. »
Je me plaçai sur une chaise au fond de la pièce, invisible, silencieuse…
et je la regardai dormir.

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