La nuit était paisible.
Du moins, en apparence.
Une ombre glissa silencieusement sur les toits de Dimfell, bondissant de tuile en tuile avec la grâce d’un furet à capuche.
Ses pas ne faisaient qu’effleurer la pierre.
Elle se hissa jusqu’à la fenêtre de la chambre de Garlan et Marenna, puis, d’un geste souple, fit coulisser la vitre.
Un souffle d’air frais s’engouffra dans la pièce.
Garlan, endormi côté fenêtre, remua légèrement. Il frissonna, tourna la tête.
Et, dans son sommeil, tendit la main.
Une bourrasque magique, spontanée et incontrôlée, jaillit de ses doigts.
L’intrus fut projeté hors de la fenêtre, décrivant une élégante parabole dans la nuit avant de disparaître quelque part dans les ruelles de la ville.
On ne sut jamais ce que c’était.
Paix à son âme.
La fenêtre claqua, se refermant sous l’effet du contre-courant.
Silence retrouvé.
Mais ce n’était pas fini.
Deux autres silhouettes approchaient par le couloir, furtives, armées de petites lames courbes.
La porte s’entrouvrit dans un grincement discret.
Marenna, dans un demi-sommeil, tira machinalement la couverture sur elle — ce qui eut pour effet de découvrir Garlan, roulé en boule.
Il eut froid, bougea, leva une main…
Nouvelle bourrasque.
Les deux intrus furent soufflés comme des quilles, projetés contre le mur opposé dans un fracas sourd.
Impact. Glissement. Silence.
Deux gobelins à plat, estampés façon fresque murale.
Garlan se retourna dans son sommeil.
Marenna, toujours à moitié endormie, marmonna :
— Tu ronfles. Bouge pas trop.
Et tout redevint calme.
Pour le moment.
Le matin
Le vacarme du rez-de-chaussée les tira des brumes du sommeil : des cris, des pas précipités, des voix paniquées.
Garlan ouvrit un œil, puis l’autre. La lumière filtrait à travers les volets.
Il tourna la tête vers Marenna.
Elle dormait encore.
Paisiblement.
Trop paisiblement.
Un sein s’était échappé de sa tunique pendant la nuit.
Garlan resta figé.
Puis la pression monta.
La traditionnelle hémorragie nasale du jeune mage fit son grand retour.
Il bondit hors du lit, tâtonna à la recherche de ses vêtements tout en se frottant le nez avec désespoir.
Marenna ouvrit un œil, encore mi-endormie.
— Tu saignes encore ? soupira-t-elle.
Quelques minutes plus tard, vêtus et vaguement présentables, ils sortirent dans le couloir.
Garlan fronça les sourcils.
— Tiens… y avait des sculptures dans le mur hier ?
Deux silhouettes aplaties se dessinaient sur la cloison : bras tordus, bouches ouvertes, visages pétrifiés.
Un tableau du chaos nocturne.
Il s’approcha, intrigué.
— C’est bizarre… On dirait pas des humains. Ni rien de très… vivant.
Pendant ce temps, Tharion dormait encore profondément dans l’écurie attenante.
Et, compte tenu du taux d’alcool estimé dans ses quatre pattes, il n’entendait absolument rien.
Garlan leva la main.
— Réveil express…
Un petit nuage d’eau se forma au-dessus du centaure et s’écrasa d’un bloc.
La réaction fut instantanée.
— RHAAA ! PAR LA Croupe d’un troll enrhumé !
Tharion bondit sur ses quatre jambes, trempé jusqu’à la crinière, les yeux écarquillés.
— Garlan ! T’as intérêt à avoir une sacrée bonne raison !
Les deux adolescents, en bas de l’escalier, l’attendaient, sourires narquois aux lèvres.
— On voulait juste vérifier que t’étais encore vivant, lança Garlan.
— Et sobre, ajouta Marenna.
Tharion renifla, grogna.
— J’ai très bien dormi, merci.
— Parfait, répondit Marenna. Alors viens nous dire si ces sculptures étaient là hier soir.
Le centaure s’approcha, encore dégoulinant.
Ses yeux s’écarquillèrent à la vue des deux gobelins encastrés.
— Euh… non. Pas que je sache. Et vu la tête qu’ils ont, j’dirais qu’ils ont fait une mauvaise rencontre avec un sort de vent.
Il se redressa, reprenant un ton grave.
— Je vais prévenir la guilde. Il y a sûrement un responsable médical ou un scribe pour ce genre de cas.
Quelques minutes plus tard, deux membres de la Guilde des Aventuriers débarquèrent — un demi-nain bourru au tabard trop court et une elfe au regard blasé.
Ils observèrent la scène, soupirèrent à l’unisson, puis décrochèrent les deux œuvres murales avec précaution.
— Des gobelins, confirma le demi-nain. Pas de doute. Encore un cambriolage raté.
Il griffonna quelques notes sur un parchemin.
— On les emmène au dispensaire. Enfin, à l’atelier de… traitement.
Marenna, curieuse, s’approcha.
— Je peux venir ? J’aimerais apprendre la médecine locale.
Le demi-nain leva un sourcil.
— Tu peux. Mais… on parle pas de médecine de soins, hein. Plutôt de… découpe.
Elle resta silencieuse une seconde.
Puis sourit doucement.
— Parfait. Je suis curieuse de voir comment on pratique une autopsie ici.
Garlan la fixa, horrifié.
— Rappelle-moi de ne jamais tomber malade quand t’es dans le coin.
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