Ils n’eurent pas le temps de se demander qui avait parlé.
Des ombres se détachèrent des murs, des toits, des ruelles.
Une, deux, cinq… dix.
Impossible à compter.
Mais trop, assurément.
Marenna recula d’instinct, le dos contre un mur. Ses mains tremblaient.
Ce n’était plus un entraînement, ni une démonstration de magie.
C’était la première fois qu’elle voyait des hommes prêts à la tuer.
Et son souffle se brisa.
Garlan, lui, se plaça devant elle.
Ses yeux balayaient la scène, mesurant les distances, évaluant les angles.
Cinq adversaires, peut-être plus, déjà en mouvement.
— Des assassins, murmura-t-il. Corps à corps. Rapides.
Sans réfléchir, il attrapa Marenna par la taille.
Une impulsion magique, et ils s’élevèrent brusquement du sol.
L’air vibra autour d’eux.
En plein vol, Garlan tendit la main.
Deux arcs de foudre jaillirent, frappant les deux premiers assaillants avant même qu’ils n’aient dégainé.
Les corps chutèrent, fumants, sur les pavés.
Les autres réagirent aussitôt.
Des dagues sifflèrent dans l’air, huilées, empoisonnées.
Marenna leva les bras par pur réflexe.
Le sol se déchira sous eux, et un cocon de ronces jaillit, se refermant comme une fleur carnivore.
Les lames ricochèrent sur les tiges épineuses.
L’une d’elles se planta dans le bois d’un volet, à quelques centimètres de son visage.
Un souffle de panique la traversa.
Mais déjà, elle répliquait.
Les ronces fouettèrent dans toutes les directions, s’enroulant autour des jambes de deux autres assaillants.
Les cris furent étouffés dans le vacarme.
Un seul restait.
Invisible.
Derrière eux.
Il trouva une faille dans le cocon — une ouverture oubliée.
La dague vola, rapide, précise.
Elle se ficha dans le mollet de Garlan.
Il grimaça, sentit la brûlure du poison.
Le monde tangua.
Ils redescendirent lentement, en chute contrôlée.
Marenna se pencha aussitôt, les mains sur sa plaie.
Une lumière verte jaillit, douce et vive à la fois.
La douleur se dissipa, la blessure se referma.
Garlan rouvrit les yeux.
Un souffle court, mais un regard clair.
Il leva les bras.
Des dizaines de petites boules de feu apparurent autour d’eux, formant un cercle incandescent.
Elles flottaient lentement, comme des lucioles furieuses.
— Approchez… fit-il d’une voix basse.
L’air vibrait.
La chaleur devint presque suffocante.
— Allez. N’ayez pas peur du feu.
Trois silhouettes s’avancèrent.
L’une d’elles ricana.
— Tu crois que tes jouets nous font peur ? Il suffit de les—
L’explosion le coupa net.
Une boule de feu, attirée comme un aimant, percuta son torse et éclata dans un éclair de lumière.
Les autres reculèrent aussitôt.
Un instant de silence.
Un seul osa encore tenter.
Il tira une dague, la lança.
Mais la lame ne toucha jamais sa cible.
Un bruit sec, brutal.
Quelque chose venait de tomber du ciel.
Ou plutôt, quelqu’un.
Tharion.
Son sabot s’écrasa sur le pavé, projetant des éclats de pierre.
La dague rebondit contre son épaule cuirassée.
Il la ramassa, la fit tourner entre ses doigts, et leva lentement les yeux vers les assassins.
Sa voix, grave, roula comme un tonnerre :
— Je ne sais pas qui vous êtes. Mais vous venez de commettre une erreur.
Il se redressa, sa silhouette couvrant les deux adolescents.
Un souffle d’énergie se répandit dans l’air, presque visible.
Et sans un mot de plus, il chargea.
Le premier fut projeté contre un mur dans un bruit mat — pas de cri, juste l’impact.
Le deuxième tenta de parer ; son arme vola d’un côté, son bras de l’autre.
Le troisième essaya de fuir.
Tharion ne lui laissa pas le temps.
Un coup de sabot, net, final.
Le dernier survivant tomba à genoux.
Les mains tremblantes.
— Pitié…
Tharion s’arrêta devant lui.
Son ombre recouvrait presque tout le corps du malheureux.
Il planta la dague qu’il tenait dans le sol, tout près du visage de l’homme.
— Tu vas parler. Tout.
Son regard glissa vers Marenna.
— Sinon, je te laisse à elle.
Les ronces de la jeune fille frémirent autour d’elle, prêtes à mordre.
Mais avant que le prisonnier ne puisse dire un mot, un rire s’éleva.
Plus froid.
Plus proche.
Plus familier.
Une ombre fondit sur Tharion.
Carea.
Le coup fut si rapide qu’aucun des deux adolescents ne le vit venir.
La dague s’enfonça dans le flanc du centaure.
Tharion tressaillit, recula d’un pas.
Carea sourit, presque apaisé.
— Poison paralysant. Une dose suffisante pour coucher un gronox.
Il se pencha légèrement.
— Tu sais, ce gros machin avec des défenses ? En colère ? Voilà.
Les jambes de Tharion cédèrent.
Il s’effondra à genoux, les muscles figés, le souffle court.
— NE LE TOUCHE PAS ! hurla Garlan.
Carea se retourna, moqueur.
— Oh, mais regarde qui voilà. Le petit prodige. T’as vu ce que j’ai fait à ton maître ?
Garlan disparut.
Juste… disparu.
Et réapparut à quelques centimètres de lui.
Leurs regards se croisèrent.
Une seconde d’éternité.
— Va voir ailleurs si j’y suis.
Sa main s’abattit sur le ventre de Carea.
Une bourrasque jaillit, si puissante qu’elle fit trembler les vitres autour d’eux.
Carea fut arraché du sol, projeté au loin comme une poupée de chiffon.
Son corps vola jusqu’à disparaître derrière les toits.
Un silence tomba.
Le vent lui-même s’arrêta.
Puis, au loin, très loin, une silhouette se redressa lentement.
Carea chancela, un trou béant dans l’abdomen.
Ses lèvres se tordirent en un sourire pâle.
— Pas mal, petit… Pas mal du tout… surtout pour un mage.
Et il s’écroula.
Inconscient.
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