Le vieux sismographe, vestige de l’époque où Étienne croyait pouvoir cartographier le monde étrange, reposait désormais tranquillement sous une fine couche de poussière dans un coin du bureau d’Étienne. Pendant près de cinq ans, ses aiguilles n'avaient enregistré que les faibles soupirs de la terre sous Valbrum, un petit village du Morvran qui avait retrouvé sa tranquillité après une vague d'événements inhabituels. Cela fait cinq ans que les habitants n’ont pas signalé de baisses soudaines et localisées de température, de pannes de courant sélectives ou d’étranges harmonies qui semblaient provenir du sol lors des nuits sans lune. Etienne lui-même était un physicien à la retraite qui est venu dans ces endroits en quête de paix, classant finalement ses notes, ses schémas et ses questions sans réponse, concluant qu'il s'agissait d'un « problème » géologique ou atmosphérique à la fois particulier et transitoire.
Mais ce dimanche matin de mai, alors que le soleil printanier emplissait la vallée et que les oiseaux célébraient la nouvelle chaleur, une sensation familière et désagréable interrompit la lecture d'Étienne. Un léger bourdonnement, à peine audible mais vibrant plus fort dans sa poitrine que dans ses oreilles. Comme avant. Il leva les yeux et écouta. Rien que le chant du merle. Mais les poils de ses bras se dressèrent.
Il se dirigea vers la fenêtre donnant sur le jardin. Les rosiers de sa défunte épouse, dont il avait soigneusement entretenu l'état, semblaient normaux. Puis son regard fut attiré par la petite station météo qu’il avait installée sur un piquet en bois. L'anémomètre tournait de manière erratique, tournant rapidement pendant quelques secondes avant de s'arrêter soudainement et de tourner à nouveau, même s'il n'y avait pas de brise secouant les feuilles des arbres environnants. Le thermomètre numérique indiquait une température de moins deux degrés Celsius. Il faisait deux degrés en dessous de zéro et, par une matinée ensoleillée de mai, la température ambiante avait atteint environ dix-huit degrés.
Etienne sentit un frisson lui parcourir l'échine qui n'avait rien à voir avec l'incroyable froideur indiquée par l'équipement. Il s'est précipité dehors. Lorsqu'il est arrivé à la station météo, la température était montée à -16 degrés Celsius et l'anémomètre était silencieux. Comme si rien ne s'était passé. Mais il l'avait vu. Il a définitivement fait le buzz.
Il est rentré chez lui, le cœur battant. Mécaniquement, il a dépoussiéré le sismographe et vérifié les connexions. Il a ensuite appelé sa voisine, Mme DuBois, dont le potager jouxtait sa propriété.
« Bonjour, Germaine. Dis-moi, as-tu remarqué quelque chose d'étrange ce matin ? Un bruit, une sensation inhabituelle ? »
À l’autre bout du fil, la voix de la vieille dame semblait hésitante. « Maintenant que vous le dites, Monsieur Venier… il y avait un silence étrange en bas. Tous les oiseaux se turent pendant une minute ou deux. Mon vieux chat, Pom-Pom, se cachait sous l'armoire et il n'a peur de rien. J'ai trouvé ça bizarre, mais vu tous les problèmes qu'on a eus ici… »
"histoire". Ils reviennent. Etienne remercia Mme Dubois et raccrocha le téléphone, très bouleversé. Ce n’est donc pas une illusion. Ces événements se reproduisent, ou du moins quelque chose de similaire se reproduit.
Doit-il prévenir le maire ? Que l’affaire Valbrume avait été jusqu’alors enquêtée avec suspicion et sensationnalisme par une poignée de journalistes ? Il était leur principale source à l’époque, un scientifique essayant d’expliquer l’inexplicable, mais il était amer de ne pouvoir fournir aucune réponse claire.
Il sortit quelques vieux cahiers dans lesquels les événements passés étaient méthodiquement consignés. Date, heure, description, mesure. Il recherche des corrélations et des cycles. À cette époque, tout était vain. Mais peut-être que ces nouvelles manifestations apporteront des révélations différentes, de nouvelles couches de mystère.
Soudain, un bruit aigu le fit sursauter. Un livre sur son étagère vient de tomber par terre sans raison apparente. Et puis un autre. Il y en a un troisième. Ils n'ont pas glissé ; ils semblaient être doucement poussés hors de la ligne. Étienne se précipita. Cela s’est arrêté dès qu’il est arrivé à la bibliothèque. Il a rassemblé les travaux les plus importants en physique des particules. Il n’y avait pas de courants d’air, pas de vibrations notables du sol.
L’anxiété s’est transformée en une excitation fiévreuse, semblable à celle qu’il avait ressentie lorsqu’il avait été confronté à des mystères scientifiques en tant que chercheur au début de sa carrière. Les événements de Walblum se produisirent à nouveau, et cette fois, il était déterminé à ne pas les laisser inexpliqués. Il a sorti l’équipement d’enregistrement et a vérifié les piles des capteurs. La tranquillité du village n’est plus seulement superficielle. Une fois de plus, d’étranges murmures se font entendre sous la surface du quotidien, et Étienne Vernier est prêt à écouter.

Comments (0)
See all