Han Soo-Jin descendait les escaliers en traînant des pieds. Il s'étira, encore à moitié endormi, le dos un peu voûté par la fatigue.
« Salut, Yu-mi... »
Assise sur le canapé, un drap enroulé autour d'elle, les yeux rivés sur une vieille série. Sa sœur n'en détourna pas le regard
« Salut, Oppa. Enfin réveillé ! T'as beaucoup dormi aujourd'hui... Clac-clac-clac... »
Soo-Jin fronça les sourcils, il venait d'écouter un bruit bizarre
« La journée au chantier m'a bien épuisé. J'avais besoin de souffler un peu, alors je vais retourner me coucher. Je suis juste venu prendre un verre d'eau. »
« Ah ouais ? Moi aussi j'ai... Clac-clac-clac... eu une journée chargée... »
Ce petit son sec et répétitif, attira son attention. Il s'arrêta net derrière le canapé, intrigué. Il pencha légèrement la tête au dessus du dossier, fronça les sourcils. Elle bougeait à peine, mais le bruit persistait.
Il fit le tour du canapé lentement, et lorsqu'il arriva au niveau de l'accoudoir, il allongea son coup pour jeter un coup d'œil.
Elle était recroquevillée, les pieds trempés dans une cuvette rempli d'eau et de glaçons. Le drap serré autour de son corps comme un burrito. Son visage était pâle, sa bouche tremblotante,
Clac. Clac. Clac.
Elle tourna lentement la tête vers lui, les yeux mi-clos et la bouche entrouverte, ses dents claquant si fort qu'on aurait dit un Morse en panique.
Soo-Jin l'observa quelques secondes, incrédule, puis lâcha, d'un ton à la fois inquiet et sarcastique :
« C'est quoi cette nouvelle forme de torture que je vois là ? »
Yu-mi, les dents claquant en cadence
« C-Clac-clac... J'ai vu une vidéo d'un moine tibétain sur ZIMZO, il disait que plonger ses pieds dans de l'eau glacée en regardant des dramas ouvrait les chakras des orteils... »
Soo-Jin, l'œil vide
« Les... chakras... des orteils ? »
Yu-mi, très sérieuse malgré le tremblement
« Apparemment, c'est là que se cachent les traumas intergénérationnels. »
« Je veux mourir. » dis Soo-jin, en posant une main sur son front.
« Écoute, je sais que maman avait énormément d'estime pour toi. Elle voulait que tu sois parfaite dans tout ce que tu fais, et peut-être que cette pression a fini par te rendre stressée. »
Soo-Jin marqua une pause, observant sa sœur qui tremblait sous le poids de l'absurdité de son propre rituel.
« Le jour de ton examen approche à grands pas, je comprends que tu sois stressée, mais ce n'est pas en faisant des trucs comme ça que tu vas t'en débarrasser. »
À cet instant, Yu-mi éternua bruyamment, coupant la parole à son frère.
« Et voilà, la voilà malade, bravo.
Il alla dans sa chambre, où il avait aménagé une petite pharmacie. En raison de son travail sur le chantier, où il passait de longues heures sous le soleil, il souffrait fréquemment de maux de tête.
Pour être préparé, il avait donc constitué une réserve de médicaments dans sa chambre : antidouleurs, médicaments contre les maux de tête, la fièvre... Il ouvrit l'armoire, prit un comprimé contre la fièvre, et revint au salon .
« Ça t'apprendra à copier tout ce que tu vois sur Zimzo. Tiens, prends ces médicaments. »
Il lui tendit les médicaments, mais avant de les lui donner, il se demanda si elle avait mangé
« Attends as tu cuisiné aujourd'hui ? Ou t'es passée acheter à manger chez Helmeoni ? »demanda-t-il sans vraiment espérer de réponse positive, la voix traînante.
« Non... j'étais fatigué aujourd'hui ,.... Clac-clac-clac , une fois fini mes cours je suis directement rentré, et avant j'avais dîner au lycée, mais regarde dans le frigo il doit y avoir quelque chose »
Soo-jin lâcha un soupir
Il ouvrit la porte du réfrigérateur, espérant trouver un truc même une pomme. Mais à l'intérieur, rien d'autre que quelques bouteilles vides
« ...Y'a plus rien. Même pas une tomate flétrie. On vit dans un désert ou quoi ?! »
Sa sœur se retourna, appuyant sa tête contre le dossier avec un petit sourire gêné.
« Bah, pas de chance ! Je pensais qu'il y'avait deux, trois trucs »
SooJin referma brutalement la porte du frigo, les mâchoires serrées.
« Mais t'aurais pu vérifier un minimum avant ! On est censés survivre comme ça ?! Avec des illusions culinaires ! Il n'y a rien dans le frigo que tu puisses manger avant de prendre les médicaments. »
« Tu sais, je me suis dit que tu avais clac-clac ramener un truc à manger pour nous , mais comme je n'avais pas très faim, je n'ai pas voulu te réveiller. »
« Eh bien il est temps que t'arrête de te dire des trucs , car je n'ai rien ramené, t'aurai dû aller faire ta commande comme d'habitude au lieu d'imaginer que j'allais comme par hasard ramener un truc ce soir !!! »
« C'est pas possible, sort tes pieds de l'eau, ce tuto est bidon ... je reviens, je vais t'acheter à manger »
il ressentait une fatigue mêlée à une lassitude profonde. Il fit quelques pas vers l'entrée, attrapa sa veste à capuche accrochée au porte-manteau.
« Bon sang, j'ai un dieu à dos ou quoi, pour ne jamais être tranquille ?! Je voulais juste prendre un verre d'eau et retourner me coucher, c'est tout ! »
Il enfile ses chaussures, jette un coup d'œil à l'horloge : 00h01.
«Super, il est minuit. Un nouveau jour débute. Qui dit nouveau jour dit re-bonjour à cette vie de routine. Et le patron qui veut que je fasse des heures supplémentaires au chantier aujourd'hui...»
Il souffla bruyamment, comme pour se débarrasser de la lourdeur de la maison. Les bruits de la télévision se perdaient dans l'air lourd de la pièce, et la fatigue le submergeait presque.
Lorsqu'il ouvrit la porte, un vent glacial le frappa de plein fouet.
Il sortit puis ferma la porte derrière lui.
Le vent glacial sifflait entre les ruelles, et Soo-Jin sentit la morsure froide de la nuit. Il enfonça ses mains dans ses poches, pressant le pas, cherchant à échapper à la fraîcheur mordante. L'obscurité environnante semblait peser sur lui, amplifiant l'isolement de son trajet.
Soo-Jin travaillait sur un chantier de construction de bâtiments,
un emploi qu'il avait pris pour subvenir aux besoins de sa petite sœur et de lui-même, leurs parents étant décédés. En tant que grand frère, et par amour pour sa sœur, il se donnait à fond pour lui offrir la meilleure vie possible et couvrir ses frais scolaires.
Après une quinzaine de minutes, il arriva devant le Cheonguk Hof,
un petit restaurant polyvalent qui offrait des plats légers en journée, comme du gimbap et des ramyeons, parfaits pour un repas rapide. Mais à cette heure tardive, le lieu avait pris une toute autre ambiance.
La lumière tamisée et l'odeur de viande grillée se mêlaient à celle du jokbal qui mijotait doucement dans la cuisine. C'était l'heure où le restaurant se transformait en hof, un endroit où les gens venaient déguster des plats copieux accompagnés de boissons alcoolisées.
En s'approchant plus près l'air devint soudainement plus lourd, comme si les arômes épicés de viande grillée et de mets mijotés emplissaient l'atmosphère. La lumière tamisée qui filtrait par les fenêtres illuminait les visages des clients attablés, et une douce chaleur s'échappait des portes entrouvertes.
L'odeur du jokbal en train de mijoter se mêlait à la viande grillée, créant une atmosphère réconfortante. La lumière chaude, tamisée par les rideaux de tissu épais, baignait les lieux d'une lueur douce, presque familière.
L'établissement ne lui était pas inconnu, ainsi que son propriétaire, une vieille dame gentille et respectée, qui avait beaucoup d'affection pour Soo-Jin et sa sœur. Il entra et, aussitôt, la vieille dame le salua chaleureusement
« Oh, bonsoir Monsieur Soo-jin ! Vous venez chercher son gimbap ? Le plat préféré de votre sœur, n'est-ce pas ? »
Elle poursuivit
« Vous savez, tout a été acheté dans la journée, mais avant ça, j'ai pensé à elle. Comme elle tardait à passer aujourd'hui, je me suis dit que quelque chose la retenait, qu'elle viendrait plus tard. »
Elle sourit et ajouta
« Mais plus le temps passait sans qu'elle ne soit là, moins il serait possible de le revendre à quelqu'un d'autre. J'ai donc gardé son plat au cas où elle viendrait. »
Elle lui tendit ensuite le plat, son sourire toujours présent.
« Et comme vous êtes là, je vous le donne. Merci d'être passé, c'est toujours un plaisir de vous voir »
Soo-jin lui répondit en souriant
« C'est à moi de vous remercier, vous me sauvez la vie, Halmeoni ...»
Il marqua une pause comme s'il réfléchissait à quelque choses puis repris parole.
« Je prends également un plat pour moi, un jokbal s'il vous plaît »
La dame lui sourit, et le lui tendit un sachet contenant les deux plat.
« Merci beaucoup Halmeoni »
Il paie et sort de l'établissement
Sur le chemin du retour, après une dizaine de minutes dans une rue à peine éclairée, Soo-Jin entendit des rires et des voix familières résonner dans l'obscurité, au bout de la rue. Des silhouettes approchaient.
À ce moment-là, Soo-Jin se trouvait légèrement devant une benne à ordures qui projetait de l'ombre derrière lui.
Il s'abaissa, sans aucune raison apparente, puis fit mine d'attacher ses lacets. À peine eut-il commencé que le groupe émergea de l'ombre et leur chef lui adressa la parole.
« Tiens, tiens... qui voilà ! Le pigeon est de sortie, on dirait ? »

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