Le matin perçait à peine à travers la fenêtre, déposant une lumière blafarde sur la pièce.
Allongé sur le dos, Soo-Jin émergea d'un sommeil agité, les paupières lourdes, collées par la fatigue. Un frisson parcourut son corps meurtri avant même qu'il ne prenne pleinement conscience de la douleur.
Il inspira difficilement.
Chaque respiration déclenchait une vague sourde et profonde le long de ses côtes.
Quand il essaya de bouger, un gémissement lui échappa.
En serrant les dents, il parvint à rouler sur le côté, grognant de douleur.
Il resta là un moment, incapable de faire plus.
Le plafond tanguait au-dessus de lui.
Il fallut de longues minutes à Soo-Jin pour rassembler assez de force pour s'asseoir au bord du lit.
Ses jambes tremblaient. Une brûlure sourde irradiait son flanc, poignardant chaque mouvement.
Il ferma les yeux, déglutissant avec difficulté.
Rassemblant ce qui lui restait d'énergie, il ouvrit la pharmacie, prit des médicaments, puis se traîna jusqu'à la salle de bain.
Chaque pas lui arrachait une grimace.
Il remplit un verre d'eau, avala ses cachets, puis ôta lentement sa chemise, collée à sa peau par le sang séché.
Sous la lumière crue, son flanc apparut, zébré d'ecchymoses noires et violettes.
Face au miroir fêlé, il banda son bras d'une main tremblante, nouant le tissu aussi solidement qu'il le pouvait, avant de se laver sommairement, sans s'attarder.
Son reflet lui renvoya un regard éteint, dévoré par la lassitude.
« C'est pas si grave... Ça passera », souffla-t-il, sans vraiment y croire
Mais c'était la seule chose qu'il pouvait se dire pour avancer. Parce qu'avancer, c'était tout ce qu'il savait faire.
La porte d'entrée se ferma dans un grincement, et Soo-Jin s'éloigna de la maison, la rue encore déserte à cette heure. Il enfila son long manteau, la capuche abaissée pour cacher les hématomes sur son visage et ses épaules.
Il n'avait pas d'autre choix que de travailler aujourd'hui. Il ne pouvait pas se permettre de rester chez lui. Ni lui, ni sa sœur.
En arrivant au chantier, ses collègues l'accueillirent gentiment, leur ton familier lui apportant une maigre forme de réconfort.
«Eh soojin ça va aujourd'hui ?
« Oui, ça va bien. Et vous ? »
Soo-Jin sourit faiblement, essayant de dissimuler la douleur qui l'habitait encore.
« Ouais, ça va, ça va », répondit un autre collègue en haussant les épaules.
Ils se saluèrent tous comme d'habitude, et lorsque l'heure de commencer arriva, Soo-Jin s'avança et prit un matériel.
« Euh, tu comptes bosser comme ça ? Sous cette chaleur ? », lui demanda l'un de ses collègues, l'air légèrement inquiet.
« Euh... oui, j'ai attrapé un coup de froid hier... Rien de grave », mentit-il, masquant à peine la douleur qui faisait grincer ses dents.
« Aujourd'hui, on a des heures supplémentaires à faire. Le patron a dit qu'on toucherait bien plus, en fonction du temps qu'on passera ici. Moi, j'aime pas trop travailler après l'heure, mais là... je vais pas rater l'occasion ! Eh eh », lança un autre collègue.
Soo-Jin esquissa un sourire fatigué, un sourire qui ne toucha pas ses yeux.
« Tu comptes rester jusqu'à tard, toi aussi ? », lui demanda-t-il, un peu trop curieux.
« Oui, jusqu'à ce que le soleil se couche », répondit Soo-Jin, sans le regarder. Lui aussi avait besoin de plus d'argent.
Il devint soudainement très pâle.
« T'es sûr que ça va, Soo-Jin ? T'as l'air un peu... bizarre là. »
Soo-Jin fit un signe de la main pour les rassurer, la douleur dans son corps aussi persistante que l'air lourd autour de lui.
« Oui, juste un peu de fatigue, pas de souci. »
Il fit un petit geste, comme pour faire passer son mal-être sous le tapis, puis écourta la discussion.
« On commence ou quoi ? »
Ainsi ils se mirent tous au travail.
Chaque geste qu'il faisait était plus lent que d'habitude. Ses bras tremblaient sous le poids des outils, mais il ne pouvait pas s'arrêter.
Il continua à bosser, se forçant à ignorer les douleurs lancinantes. À chaque pause, il se courbait légèrement, rassemblant son souffle.
La chaleur sous le manteau devenait insupportable, mais il se gardait de l'enlever.
Quelques heures plus tard, alors que le travail semblait ne jamais vouloir finir, le patron apparut. Il observa le groupe, son attention se posant immédiatement sur Soo-Jin, qui, sous la chaleur et la douleur, commençait à vaciller légèrement.
Le manteau à manches longues que Soo-Jin portait, malgré la chaleur, n'échappa pas à son regard.
« Soo-Jin », le patron lui fit signe de venir.
Soo-Jin, dissimulant une grimace sous une expression neutre, s'approcha du patron, qui croisa les bras.
« C'est quoi ce manteau ? T'es pas vêtu comme il faut pour bosser ici. »
Il baissa les yeux et sortit la même excuse. « Euh, j'ai pris un coup de froid hier soir, donc... »
« Il est recommandé de travailler en tenue de travail »
« S'il vous plaît, c'est par contrainte que je l'ai gardé, il y a une bonne raison derrière ça. »
« Non. C'est le règlement, pour éviter tout accident. Tu dois l'enlever. »
Sous la pression de la situation, Soo-Jin n'eut d'autre choix que de céder. Il soupira profondément. « Mais... » Il hésita un instant, puis tourna son regard vers ses collègues qui continuaient à travailler plus loin derrière.
« Je voudrais vous parler en privé, si possible. »
Le patron haussait les sourcils. « Bien. Suis-moi » Ils se dirigèrent tous deux vers le bureau du patron, à l'écart des collègues.
Une fois dans le bureau, Soo-Jin se débarrassa lentement de son manteau, prenant soin de ne pas montrer trop de faiblesse.
Le patron, en le voyant, n'eut qu'une réaction. Son regard se figea, choqué. Les hématomes sur ses côtes, ses bras, et son visage étaient visibles, des marques évidentes de la violence qu'il avait subie la veille.
« Qu'est-ce que... » Le patron balbutia, choqué, avant de se reprendre. « Comment c'est arrivé ? »
Il ferma les yeux un instant, ne voulant pas trop en dire.
« J'ai fait une mauvaise rencontre hier. Rien de grave. »
Il tenta de donner un ton désinvolte à sa voix, mais cela sonna faux, même à ses propres oreilles.
Le patron ne le lâcha pas du regard.
« Une mauvaise rencontre ? » Il sembla hésiter. Puis, d'un ton plus ferme, il demanda : « Tu t'es fait agresser ? Pourquoi ne l'as-tu pas dit plus tôt ? Et ces agresseurs, tu les connais ? »
« Non, je ne les connais pas. C'était au hasard, ce n'est pas si grave, ne vous inquiétez pas. »
Il se garda bien de révéler leur identité, cela ne ferait qu'attirer plus de problèmes de leur part.
Mais le patron sembla de plus en plus préoccupé. « Mais dis donc ! Tu aurais dû me prévenir avant de venir travailler dans cet état. Comment peux-tu bosser comme ça ? »
Soo-Jin tenta de garder une façade calme. « Je n'avais pas le choix. Voilà pourquoi je préfère travailler ainsi »
Le patron secoua la tête, résolu.
« Non, tu vas prendre du temps pour toi. Je te laisse prendre congé jusqu'à ce que tu sois rétabli. »
« Tu dois aller à l'hôpital. Il vaut mieux que tu prennes soin de toi maintenant, sinon... » Il marqua une pause. « Si tu t'effondres ici, ça pourrait être bien pire. »
Il serra les poings et protesta:
« Je peux continuer. Je suis encore utile. »
« Non. Ce n'est pas négociable. »
Soo-Jin baissa les yeux. Il savait que le patron avait raison. Puis, il murmura : « D'accord, mais ne dites rien aux autres... S'il vous plaît, je ne veux pas qu'ils s'inquiètent pour moi, ou que cela nuise à leur travail. »
Le patron ne répondit rien immédiatement, mais son regard se radoucit.
« Ne t'inquiète pas. Ça restera entre nous. »
« Merci. »
Il se rhabilla, puis quitta le bureau en silence.
Le patron, seul dans son bureau, réfléchissait à ce qu'il venait de découvrir.
« Ce jeune homme me fait vraiment de la peine. Qu'est-ce qui le motive au point de venir travailler dans cet état ? Dois-je lui demander ? Non, je pense qu'il a ses raisons... C'est l'un de nos plus fidèles éléments, ce sera la première fois qu'il manquera une journée de travail, et même peut-être toute la semaine. Il a vraiment pas de chance. »
« À son retour, j'augmenterai un peu son salaire pour compenser. »
À l'extérieur du bureau, ses pensées tourbillonnaient dans sa tête. Il retourna auprès de ses collègues.
« Eh, le patron vient de te convoquer tout à l'heure, y'a un problème ? Ou c'est pour une bonne nouvelle ? », lui dit Minho.
Soo-Jin scruta son manteau, encore bien en place, dissimulant ce qui pourrait expliquer son départ précipité.
Il se redressa légèrement, tentant d'adopter une posture
« Non, il n'y a aucun problème, mais il m'a dit de rentrer. Il pense que je risque de tomber malade si je travaille aujourd'hui, ce qui fait que je ne toucherai pas la paye des heures supplémentaires. »
« Ça se voyait que t'allais pas bien. À sa place, j'aurais dit la même chose. Rassure-toi, ce n'est pas grave, dis-toi que la santé passe avant tout, mon pote. »
Minho se tourna vers lui et le tapota sur l'épaule.
Soo-Jin ressentit une décharge parcourir son corps, il serra les dents.
« On dirait qu'on va devoir faire sans toi aujourd'hui. »
Il lança un regard à Jung, avant de revenir à Soo-Jin.
« Allez, repose-toi bien, d'accord ? »
« Ouais, je vais faire ça. »
Il se sentit un peu mal de les laisser dans l'ignorance, mais il ne voulait pas qu'ils s'inquiètent pour lui.
Il se tourna vers la porte, prêt à quitter le chantier.
« À demain, les gars. »
Soo-Jin quitta son lieu de travail d'un pas lent.
Mais, il ne prit pas la direction de son appartement.
Après environ une heure de marche silencieuse, il s'arrêta devant une petite maison discrète, coincée entre deux immeubles.
Il hésita un instant, la main levée devant la porte, puis frappa finalement trois coups brefs.
Un bruit de pas résonna derrière la porte.

Comments (0)
See all