Je savais que la jeune femme esprit n’était pas foncièrement mauvaise.
Je m’étais effondrée devant elle, et elle avait pris soin de moi. Elle m’avait ramenée saine et sauve dans ma chambre.
Je la voyais chaque matin, à mon réveil. Elle aurait pu profiter de la situation à la moindre occasion pendant que je dormais… mais elle ne l’avait jamais fait.
J’aurais pu être inquiète, incapable de dormir à nouveau. Mais au contraire… Étonnamment, je me sentais en sécurité. Sa présence avait quelque chose de rassurant.
Je voulais simplement en savoir plus, mais elle m’évitait. À chacun de mes regards, elle prenait la fuite.
Avais-je une aura trop menaçante ? Peut-être avait-elle peur que je lui fasse du mal…
Après tout… vu mon vécu… qui ne serait pas effrayé ?
Ces derniers jours, je m’entraînais de plus en plus. J’avais besoin d’améliorer mon endurance, pour éviter de m’écrouler comme la dernière fois.
J’avais senti ma réserve d’énergie diminuer à une vitesse folle. Il me fallait trouver un moyen d’empêcher cela.
Chaque jour qui passait, je sentais un changement dans mon pouvoir.
Plus le temps avançait, plus je voyais nettement la femme esprit. La brume flottante prenait peu à peu une forme : une légère brume en lévitation, surmontée du buste et du visage de l’esprit.
Comme s’il s’agissait de sa “vraie forme”.
Parfois, je la surprenais à prononcer des mots. Elle avait cette habitude de parler toute seule. Cela me faisait doucement sourire.
Mais sa voix… Sa voix me travaillait. J’étais presque certaine de l’avoir déjà entendue.
Ce soir-là, je rentrais d’un énième donjon.
Au loin, je l’aperçus, elle volait dans les airs en direction du manoir.
De temps à autre, elle se retournait furtivement, comme pour vérifier que je la suivais toujours.
C’est à cet instant que j’eus un flash. Un souvenir lointain.
J’avais huit ans… peut-être neuf.
À cette époque, j’étais constamment prise à partie à l’école. On m’accusait de tout et n’importe quoi. Sûrement à cause de mon pouvoir.
Le pouvoir des ténèbres est une malédiction.
J’avais eu la “chance” de naître dans ce pays… Dans d’autres contrées, les enfants naissant avec ce pouvoir étaient exécutés à la naissance.
“Chance” était un bien grand mot. Ma vie n’en était pas plus simple.
Ce jour-là, j’avais été faussement accusée d’avoir volé un objet – quelque chose d’important, paraît-il.
Plusieurs élèves m’avaient encerclée.
Je savais que si j’utilisais mon pouvoir pour me défendre, j’en subirais les conséquences. Alors, je me retenais. Comme toujours.
Une adulte arriva. Je me faisais sermonner.
Et c’est là que je l’ai entendue… une voix.
En colère, mais presque inaudible.
« Mais ils me gonflent ces petits cons ! À accuser sans preuve, alors que l’objet est planqué dans la poche de cette peste de Kureha ! Je leur collerais des baffes, moi ! »
Je ne comprenais pas. Je ne savais pas d’où venait cette voix. Et personne d’autre ne semblait l’avoir entendue.
« Une alliée… ? » m’étais-je demandé.
Alors, j’ai répété ce que j’avais entendu :
« C’est facile d’accuser les gens sans preuve. Quelqu’un m’a-t-il vue voler quoi que ce soit ?
D’ailleurs, Kureha, la première à m’avoir accusée… Ce ne serait pas l’objet du vol que je vois dépasser de ta poche ? »
Je l’avais regardée d’un air hautain et accusateur.
Elle, figée, complètement choquée.
Elle devait se demander comment j’étais au courant.
Kureha avait été sermonnée ce jour-là.
Et les autres élèves, depuis, gardaient leurs distances.
En y repensant… C’était elle.
C’était sa voix. Celle de la femme esprit.
Je repensais à ce souvenir pendant tout le repas.
« Il faut que je lui en parle. Je dois lui demander. »
Je n’arrivais même pas à toucher à mon assiette.
Mais je ne savais pas comment l’aborder sans la faire fuir.
« Elle devrait être sur le toit… »
Je me dirigeai vers la terrasse.
J’ouvris délicatement la porte pour ne pas faire de bruit, pour ne pas l’effrayer.
Elle était là, de dos, le regard perdu dans le ciel étoilé.
Elle fredonnait un air que je ne connaissais pas.
« Si je l’entoure de mon pouvoir des ténèbres… pas pour la bloquer, juste pour la matérialiser. Est-ce qu’elle comprendrait que je ne lui veux aucun mal ? Que je veux simplement discuter ? »
Je me lançai.
Doucement, les ténèbres emplirent la terrasse.
À leur contact, ses jambes prirent forme. Puis elle se retourna lentement.
Elle me regardait.
Et cette fois, il n’y avait ni inquiétude, ni peur dans ses yeux.
Elle me regardait enfin…
J’avais peut-être réussi.

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