Le lendemain, Akame avait, une fois de plus, passé sa matinée dans la bibliothèque.
Elle ne faisait jamais rien d’autre de ses journées.
Pas de loisirs, pas de sorties, pas même de simples instants d’insouciance.
Elle n’avait jamais eu une enfance normale.
Tout en la regardant, concentrée dans sa lecture, je tentais de me rappeler un souvenir — un seul — où je l’avais vue véritablement heureuse. Ou simplement sourire.
À mon grand désespoir, rien de convaincant ne me revenait.
Jamais de sorties entre amis. Jamais de rires échappés autour d’un verre ou d’un jeu.
Je me souvins d’un jour en particulier. Toute sa classe avait été invitée à un anniversaire… sauf elle.
Elle était encore jeune à l’époque. C’était peu de temps après un certain incident — mais ça, j’y reviendrai plus tard.
Déjà à cet âge, elle s’était forgée une armure.
Froide, distante, forte en apparence. Elle répondait sèchement, comme pour montrer qu’elle n’avait besoin de personne.
Mais moi, je savais. Je l’avais vue, plus d’une fois, pleurer seule dans son lit.
Je me rapprochai doucement.
« Akame ? »
« Hum ? » répondit-elle, l’œil toujours rivé sur sa page.
« On va se promener dans la capitale demain ? »
Elle leva la tête, interloquée.
« Hein ? »
« Allez… Tu n’y vas jamais. Tu pourrais peut-être trouver de nouveaux livres, t’acheter une tenue ou deux… Ou goûter ces plats dans le petit café qui a ouvert récemment… »
« Tu m’as l’air bien renseignée. » me coupa-t-elle, suspicieuse.
« Je suis un esprit, je vais où le vent m’emporte… » répondis-je en haussant les épaules avec un air faussement détaché.
« Eh bien vas-y toute seule. » lança-t-elle, désinvolte.
Je fis une moue boudeuse.
« Je sais que tu veux y aller. »
« Voyez-vous ça. »
« Oh, si. J’ai bien vu la tête que tu as faite quand ces filles de ta classe ont parlé des magnifiques pâtisseries au beurre. »
Son visage vira instantanément au rouge.
Touché !
« Tu… tu as dû rêver. » répondit-elle, en détournant les yeux.
« Allez viens. Je suis certaine que tu vas aimer. Et puis… tu n’es pas seule. Je suis là. »
Je sentais qu’elle en avait envie. Mais comme toujours, elle n’osait pas se l’avouer.
Alors je dégainai mon dernier argument :
« En plus, ils ont ce nouveau roman que tu n’as pas… celui que je voulais lire. »
Elle haussa un sourcil, soudainement intéressée.
« Lequel ? »
« Je te le dirai… si tu viens avec moi. »
Il n’y avait bien sûr aucun roman.
Et j’avais horreur de mentir.
Mais j’étais convaincue qu’elle passerait un bon moment. Peut-être même qu’elle sourirait… juste un peu.
Elle marqua une pause, puis finit par répondre :
« Hum. Si tu le souhaites alors. »
Victoire !
Sans rien ajouter de plus, elle détourna la tête et reprit calmement sa lecture.

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