J’accompagnais Akame dans plusieurs boutiques. Elle joua même le jeu et essaya des vêtements que je lui proposais.
Tous les styles lui allaient ; elle était vraiment jolie.
J’avais même surpris un regard que je ne lui connaissais pas… Et juste après, elle acheta l’une des tenues essayées. Elle devait vraiment lui plaire.
Je profitais de la balade pour lui parler, même si elle ne pouvait pas répondre. Mais son visage était détendu.
J’avais un peu peur de sa réaction, à cause du comportement de certaines personnes sur le chemin.
Franchement, si j’avais pu les insulter... Ils étaient vraiment ignobles.
Mais étrangement, elle n’y prêta pas attention.
Elle s’arrêta devant une librairie.
« Oh, mince… » pensais-je. La librairie. J’avais parlé d’un livre que je voulais lire. Il me fallait rapidement trouver quelque chose d’intéressant.
Je me précipitai devant les étagères et commençai à lire les titres.
Elle arriva à côté de moi et me chuchota :
« Dis-moi le titre, ça ira plus vite… »
Prise au dépourvu, je lançai une excuse bidon :
« Oh, tu sais... C’est bien plus intéressant de chercher soi-même… »
« Vraiment ? » Son regard n’était pas du tout convaincu. Il prit même un air accusateur.
Je pris la fuite dans une autre allée.
Étonnamment, elle ne vint pas à la charge et chercha de son côté.
Être un esprit compliquait tout : je ne pouvais pas saisir les livres pour lire les couvertures. À moins de tomber sur un titre évocateur, je n’avais aucune idée du contenu.
Et même si je trouvais un livre qui ressemblait à une histoire shoujo-ai… Qu’allais-je faire ? Lui demander de me le prendre ?
Mon penchant ainsi révélé… Je me sentis gênée et honteuse.
Je retournai vers elle. Elle tenait deux livres en main.
« Alors, quelque chose te plaît ? »
« Je pense que je vais prendre ça… » dit-elle, pensive. « Et toi ? »
« Euh, oh, finalement je vais me contenter de lire ce que tu choisis… »
« Ah oui… ? » Elle me lança un regard glaçant.
Je détournai la tête. Mon excuse était grillée.
Je l’entendis pouffer doucement.
Nous nous dirigeâmes ensuite vers la pâtisserie.
Tout avait l’air tellement bon. Certains mets ressemblaient à ceux de ma première vie : croissants au beurre, tartes aux pommes, beignets…
Je me demandais quelle odeur tout cela pouvait bien avoir. J’avais oublié ces sensations depuis si longtemps.
Après avoir choisi ce qu’elle voulait, Akame prit une table au fond de la salle. Je la rejoignis.
« Humm, c’est délicieux ! Je n’avais jamais mangé de telles choses. »
« N’est-ce pas ?? Je suis contente que tu aimes. Et puis, je te l’avais dit. » Je lui fis un clin d’œil.
Enfin… je pensais en avoir fait un. Mais elle me fixa sans rien dire. Peut-être avais-je fait une tête bizarre ?
J’essayais tellement de me comporter comme une humaine… mais je n’en restais pas moins un esprit.
Finalement, elle reprit :
« Si je te matérialise, tu crois que tu pourrais goûter ? »
« Hein… ? » Je ne m’attendais pas à cette proposition.
D’ailleurs, je n’y avais jamais pensé.
Il ne fallait pas que j’oublie mon rôle : je n’étais qu’un esprit, là pour observer.
J’étais venue ici pour lui changer les idées, pour la voir sourire. Et j’avais accompli ma tâche… Mais au fond, quelque chose me terrifiait.
« Un esprit ne ressent pas la faim, alors ce n’est pas nécessaire. »
J’espérais que ma réponse ne fut pas trop froide.
« Je vois. » répondit-elle, tout en continuant de manger.
Il était déjà tard, et nous avions encore de la route.
Alors que nous nous dirigions vers l’endroit où la calèche nous attendait, je me demandais ce que Satoshi avait bien pu faire de sa journée.
« Il est vrai que je lui ai dit qu’il avait quartier libre jusqu’à la fin de l’après-midi. Mais maintenant que tu le mentionnes, je suis sûre qu’il n’a pas bougé. »
« Quoi ? Autant d’heures ? Sans boire, sans manger ? »
Akame sembla pensive.
« Hum, tu as raison. »
Elle acheta plusieurs en-cas pour la route.
Nous arrivâmes enfin. Satoshi était toujours à son poste.
« Madame, vous souhaitez rentrer ? »
Elle lui tendit la nourriture.
« Mange plutôt ça. Nous partirons quand tu auras mangé. »
Satoshi parut gêné, mais son visage trahissait sa reconnaissance.
À peine rentrée dans la calèche, celle-ci démarra.
« Il ne mangera pas, c’est ça ? »
« Probablement pas tout de suite. » me répondit-elle.
« Hisa ? » Akame me regardait avec des yeux fatigués mais comblés.
« Oui… ? »
« Merci pour aujourd’hui. J’ai passé une très bonne journée. »
Je lui souris.
« Avec plaisir. »
Elle se leva, vint s’asseoir à côté de moi, puis posa sa tête contre mon épaule.
« Je suis un peu fatiguée, je vais me reposer un peu. Retiens-moi si je tombe, veux-tu ? »
« Euh… oui… » répondis-je, gênée.
Et elle s’endormit.

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