Le lendemain, je me rendis dans la chambre de ma maîtresse.
Je devais m'assurer qu'elle s'était bien reposée. J'entrai doucement.
Malgré ce que j'avais vu la veille, je me devais de remplir mes fonctions comme à mon habitude.
Lorsque je lui retirai les vêtements de la veille, ceux avec lesquels elle s'était endormie, son visage prit une teinte rouge écarlate. Elle était manifestement gênée.
Son regard se détourna vers la fenêtre.
L’ange gardien… Était-elle encore là ?
Quand Madame me demanda, d’une voix presque timide, de faire plutôt dans la salle de bain, je compris que l’ange était bien présente.
D’ordinaire, Madame n’était jamais dérangée à l’idée de se changer dans sa chambre.
Je ne comprenais pas bien ce qui pouvait la troubler. Une divinité n’avait que faire d’un corps dénudé, non ? Un ange était pur, libre de toute pensée déplacée.
Mais je m’inclinai sans discuter.
Une fois dans la salle de bain, elle retrouva un peu de sérénité, et je repris mes tâches habituelles.
Depuis ce jour, je comprenais mieux les étranges comportements de ma maîtresse :
les regards perdus dans le vide, les chuchotements à voix basse, les expressions douces ou rêveuses qui passaient parfois sur son visage.
« C’est parce qu’elle est là, son ange gardien », pensais-je.
D’un côté, j’étais soulagée.
Madame n’était plus seule.
Et peu à peu, je découvrais combien elle était humaine. Elle n’était plus la figure glaciale qui me terrorisait autrefois.
Chaque fois que je la voyais seule, j’imaginais cet ange veillant à ses côtés.
« J’aimerais tant l’apercevoir à nouveau… »
Qui aurait cru qu’un jour, moi, Miyu, j’aurais la chance de poser les yeux sur une divinité ?
Un jour, alors que je me rendais à la bibliothèque — où Madame passait la plupart de ses rares moments de repos —, j’entendis des chuchotements.
Par réflexe, je ralentis le pas, effaçant ma présence.
En m'approchant à pas feutrés, je les vis.
Elles étaient assises, côte à côte.
Elles lisaient.
Elles discutaient.
Elles échangeaient avec une telle complicité.
Les cheveux rouges de l’ange retombaient en ondulations soyeuses sur ses épaules.
De dos, elle paraissait presque humaine.
Jamais je n’aurais imaginé voir Madame aussi proche de quelqu’un.
Peu à peu, le manoir semblait moins sombre, moins austère.
Et moi, j’étais heureuse d’y vivre et d’y travailler.
« Miyu, je dois me rendre à la capitale, mais je ne trouve rien à me mettre… Aide-moi. »
Une heure.
C’est le temps qu’elle passa à fouiller ses armoires.
D’ordinaire, elle ne demandait jamais d’aide.
Elle se contentait de ses habits sombres, qui accentuaient son côté froid et inaccessible.
Mais aujourd’hui, c’était différent.
Je voyais bien qu’elle voulait faire bonne impression.
Chaque détail semblait important. Son regard, ses gestes, sa posture : tout en elle respirait une certaine nervosité.
Peut-être que l’ange allait l’accompagner…
Rien que cette idée me donna une énergie nouvelle.
Je trouvai une belle robe et fouillai dans les accessoires.
« Avec ceux-là… ce sera parfait. » pensai-je, un sourire aux lèvres.
Madame était magnifique dans cette tenue.
Bien que la robe fût légèrement sombre, associée à la noirceur de ses cheveux, elle la mettait parfaitement en valeur.
Elle paraissait presque différente : son air froid s'effaçait, laissant place à l'image d'une jeune femme tout à fait normale.
Et elle semblait ravie du résultat.
À son retour, elle avait l’air comblée.
Fatiguée, certes, mais sincèrement heureuse.
Elle portait quelques sacs à la main et me montra les achats de la journée.
« Quelle belle tenue ! » lançai-je avec enthousiasme.
Elle me répondit d’un sourire timide.
Mon travail terminé, je me rendis aux cuisines pour vérifier que tout était bien nettoyé.
Je croisai alors Satoshi et les deux cuisinières, engagés dans une conversation animée à propos de Madame.
« Oh, j’étais vraiment surpris ! » disait Satoshi.
« Regardez ce que Madame m’a acheté, c’est délicieux ! »
Il affichait un air de joie sincère.
« Elle a vraiment changé dernièrement… » ajouta une cuisinière.
« Son regard est plus doux, et elle nous remercie parfois pour nos plats. »
« Oh ! Miyu, te voilà ! Tu n’es pas d’accord ? »
« Effectivement. »
« Haha, toujours aussi sérieuse, même dans ta manière de parler, » lança Satoshi, taquin.
« Moi, je suis juste heureuse de la voir ainsi, » dit l’autre cuisinière avec douceur.
« C’est comme si elle s’ouvrait peu à peu au monde. »
C’était vrai.
Sa vie n’avait jamais été simple.
Trouver la lumière alors que tout autour d’elle n’était que ténèbres…
Intérieurement, je remerciai son ange gardien.
Mais… je lui en voulais un peu.
Pourquoi n’était-elle pas venue plus tôt ?
Les journées étaient plutôt calmes lorsque Madame se rendait à l’école de magie.
« Elle ne devrait plus tarder à rentrer » pensai-je.
Quelqu’un sonna à la porte.
C’était un domestique appartenant à la maison des parents de Madame. Sa présence n’augurait rien d’anodin.
« Une lettre pour Madame Akame, » dit-il en me tendant l’enveloppe.
Je l’ouvris et la lus rapidement…
Puis il ajouta, sur un ton sec :
« Que tout soit en ordre. »
Et il s’en alla aussitôt.
Les parents de Madame rentraient demain.
Ils étaient rarement présents au manoir, mais comme toujours, ils prévenaient au dernier moment.
La lettre était brève, mais autoritaire :
Madame devait porter une tenue irréprochable.
Quant à moi, je devais m’assurer que toutes les chambres d’amis soient disponibles — autrement dit, dans un état parfait.
L’idée même d’en parler à Madame me glaçait le sang.
Je décidai d’attendre la fin du repas, ne voulant pas lui couper l’appétit.
Mais lorsqu’elle entendit la nouvelle, son regard se figea.
Son visage s’assombrit.
Un pincement me serra le cœur.
Elle me remercia d’un ton indifférent, presque mécanique.
C’était comme si la glace avait lentement commencé à se refermer autour de son âme.
« Aidez-la… » pensai-je, dans un élan silencieux.

Comments (0)
See all